Hier soir, le débat public sur les nanotechnologies qui s'est tenu à Caen a inauguré un dispositif inédit et inquiétant : les intervenants et le public étaient placés dans deux salles distinctes, reliées par un dispositif de visioconférence (source AFP). Cette mesure a été adoptée par les organisateurs après la multiplication des incidents qui ont marqué les premières réunions publiques de ce débat lancé mi-octobre. Ces incidents, dont nous avons parlé ici et là, avaient en particulier conduit à interrompre prématurément le débat à Lille et à l'annuler à Grenoble. Pourtant, les intervenants n'avaient pas été directement menacés. C'est en manifestant bruyamment leur point de vue que les opposants au débat étaient parvenus à leurs fins. Difficile de comprendre en quoi ce nouveau dispositif de sécurité garantira le calme. Alors à quoi bon ? Que s'est-il passé en coulisse pour justifier un tel dispositif ? Un militant anti-nano aurait-il franchit le pas et menacé physiquement un invité ? Ou la CPDP a-t-elle simplement voulu rendre à PMO la monnaie de sa pièce en matière de radicalité ? Bref, on voit mal à ce stade ce qui pourra sauver un débat qui était mal engagé dès sa conception.
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Commentaires
Exprimez-vous ! L'association Sciences et Démocratie se bat pour donner la parole aux citoyens dans les débats « science société ». Vos messages renforceront notre motivation.
Re: Un débat qui fait peur !
Juste décevant, et en même temps incompréhensible. Oublions 30 secondes les nanos, est-ce que ce genre de situation (échec même) s'est déjà déroulé pour un autre sujet scientifique depuis l'existence des débats publics ?
Océane
Débat nano annulé : des antécédents ?
Bonne question. La contestation fait partie des aléas du débat public. Elle prend des formes diverses parmi lesquelles banderoles et tracts sont des classiques. J'avais aussi vu un œuf atterrir sur un intervenant à propos des OGM à la Cité des Sciences (en 98 je crois). Mais, personnellement, c'est la première fois que je vois aboutir à l'annulation du débat. Quelqu'un a un témoignage inverse ?
Re: Un débat qui fait peur !
le débat de la CNDP sur ITER avait également été très perturbé par "Sortir du nucléaire" à Aix en Provence et Manosque.
http://www.debatpublic.fr/docs//bilan_debat/iter__projet_international_d... (p4)
Eric
Opposition au débat : l'exemple du nucléaire
Merci pour ce lien. Je colle l'extrait ici :
"Mais la difficulté essentielle, qui a pesé sur une partie du débat, c’était que celui-ci n’avait lieu qu’après l’accord international qui avait décidé à la fois la réalisation d’ITER et son implantation à Cadarache.
En effet, dans son principe, le débat public porte sur l’opportunité du projet avant de porter sur ses caractéristiques et ses impacts ; le temps de l’information et de l’expression du public, le temps du dialogue avec le maître d’ouvrage ? précède et a vocation à éclairer la décision, qui n’intervient que dans le temps suivant. Le public est fondamentalement attaché à cette conception et veut être entendu avant que la décision ne soit prise ; on verra d’ailleurs que certains participants l’ont dit, chacun à sa façon, pendant le débat.
La CNDP était parfaitement consciente du problème, elle en a délibéré et elle a considéré, à l’unanimité, qu’elle devait néanmoins organiser le débat.
D’ailleurs peut-on sérieusement imaginer qu’elle renonce à le faire pour un projet de cette importance ? Quelles critiques, justifiées, auraient suscité une telle démission de sa part !
Elle a donc décidé de poursuivre l’organisation du débat, mais en ayant le souci de motiver, d’expliciter sa décision du 6 Juillet 2005 : elle constata donc d’abord que l’accord de Moscou comportait à la fois la décision de réaliser ITER et celle de l’implanter à Cadarache, qu’ainsi les choix essentiels étaient acquis ; mais partant de l’idée qu’un débat ne peut exclure le problème de l’opportunité, et sachant par avance que des questions porteraient sur ce point, elle souligna que le porteur du projet devrait répondre aux questions du public sur les justifications de celui-ci ; elle ajouta que tous les autres aspects offraient matière à débat : les enjeux économiques et sociaux, l’insertion du projet dans l’environnement et ses impacts, les équipements d’accompagnement.
Lors de la conférence de presse que nous avons tenue conjointement avec M. Patrick LEGRAND le 20 Janvier à Marseille pour lancer le débat public, j’ai de nouveau bien précisé ces différents éléments afin que la position de la CNDP soit bien connue et si possible comprise.
Cependant ce problème pollue le début du débat : la première séance à Aix-en-Provence fut rendue impossible par quelques dizaines de personnes se réclamant du réseau « Sortir du nucléaire » qui protestaient contre le fait que, la décision étant prise, le débat public serait une « parodie de démocratie » et annonçaient qu’ils le boycotteraient ; mais en même temps, de façon inacceptable, ce groupe, par ses cris et par l’occupation physique de la tribune, empêchait toute autre personne d’intervenir de façon audible."
L'éternel problème du débat qui intervient après la décision
Il est vrai qu'en matière de contestation du débat, le nucléaire fait figure de cas d'école. Dans l'extrait ci-dessus, on a affaire à l'éternel problème du débat qui intervient après la décision.
En général, on peut considérer qu'une décision n'est pas éternelle, irrévocable, qu'il y a moyen de faire machine arrière. Et accepter le débat public dans cet esprit. Mais avec les technologies, ce n'est pas toujours vrai. Pourra-t-on "rattrapper" un gène lâché dans la nature s'il s'avère néfaste aux écosystèmes ? Pourra-t-on réparer les dommages causés par une importante fuite de déchets radioactifs ?
Selon Michel Callon (sociologue et auteur notamment de "Agir dans un monde incertain") que j'ai entendu récemment, la décision réversible devient la norme pour les sciences et technologies. Par exemple, on préférera un stockage réversible des déchets nucléaires à un enfouissement définitif, de manière à ne pas réduire les options pour les générations futures, en l'occurence là, la possibilité de récupérer ces déchets le jour où on sera capable de les valoriser.
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