Nouvelle destruction de vignes OGM expérimentales de l'INRA à Colmar

vigne, véraison (Châteauneuf-du-Pape,FR84)

Nous reprenons ici, avec l'aimable autorisation de son auteur, un billet publié initialement le 17 août sur le blog http://joyeuserrance.wordpress.com, sous le titre « Cas concret de frictions entre science et société ». Ce billet présente clairement les questions soulevées par la destruction des vignes OGM de l'INRA à Colmar le week-end dernier. Nous espérons vos réactions nombreuses.


Les faits

Une soixantaine de faucheurs venus de toute la France ont saccagé 70 pieds de vigne transgénique dans l’unité de Colmar de l’Institut national de recherche agronomique (Inra) dans la nuit de samedi à dimanche, « un acte gravissime pour la recherche » selon le directeur du site. (extrait d’une dépêche AFP)

Dans un autre style, voici un extrait d’une pétition de soutien aux faucheurs :

« Aujourd’hui, 15 août 2010, une vigne génétiquement modifiée résistante au court noué a été neutralisée par les Faucheurs Volontaires à l’INRA de Colmar. »

L’historique

Ce n’est pas la première fois que des vignes OGM se font arrachées à l’INRA de Colmar. L’historique de toute l’affaire est disponible ici sur le site web de l’INRA. A lire absolument si on veut comprendre quelque chose de concret (ne pas se contenter uniquement des articles de la presse grand publique !). C’est écrit par l’un des protagonistes de l’affaire (en l’occurrence l’INRA) alors certains peuvent craindre que ce ne soit pas objectif, mais lisez quand même, c’est très instructif…

La question

Que doit-on penser de tout ça ? Qui est responsable de quoi ? Qui croire ? Comment sortir de cette situation ?

La (piste de) réflexion

C’est bien compliqué… Je ne saurai discourir ici sur les bienfaits et méfaits accompagnant toute innovation technique. Par contre, je peux partager quelques informations utiles à ce débat sur la vigne OGM, informations qui se trouvent être disponibles grâce à internet, sur lesquelles je peux porter un regard critique et qui me semblent nécessaires à la compréhension du sujet. Ces informations une fois partagées et discutées nous entraîneront vers une perspective qui saura, je l’espère, susciter votre intérêt pour « aller plus loin ».

---

Le premier point concerne le fait que l’INRA a petit à petit intégré dans sa manière de faire la concertation avec la société civile. Exemple de cette prise de conscience, un article paru dans le journal scientifique Nature en 2007 :

The public should be consulted on contentious research and development early enough for their opinions to influence the course of science and policy-making.
Pierre-Benoit Joly (directeur de recherche INRA)
Arie Rip (professeur de philosophie des sciences aux Pays-Bas)
Nature volume  450 (8 November 2007)

Afin d’avoir une bonne idée du processus de concertation, je ne saurai trop recommander la lecture du (court) rapport « Mettre les choix scientifiques et techniques en débat » écrit par des membres du laboratoire TSV (« Transformations sociales et politiques liées au vivant ») de l’INRA d’Ivry.

---

Le deuxième point concerne la vigne OGM elle-même. Le but des recherches de l’INRA de Colmar en mettant au point des plantes OGM est de mieux comprendre la maladie dit du « court noué ». Cette maladie est due à un virus qui est transmis de plante en plante par un ver du sol (un nématode). Pour en savoir plus, rien de mieux que de lire la description que font les chercheurs de leur travail. Là encore, allez lire ce qu’ils ont écrit, après tout ce sont eux les spécialistes et ils savent aussi écrire de telle sorte que ce soit compréhensible par à peu près tout le monde.

Dans la pétition de soutien aux faucheurs, on peut lire : « L’intérêt scientifique de cette expérimentation est également mis en doute par le fait que cette maladie est mineure et que l’on sait déjà la gérer: on arrache les pieds infectés puis on laisse reposer la terre pendant plusieurs années. » Or dans un billet de blog du site Libération j’apprends que « des travaux récents montrent que 4 ans après l’arrachage d’une vigne court-nouée, des nématodes porteurs du virus sont toujours présents dans le sol ». Alors qui croire ?

S’il y a des résultats scientifiques récents concernant la présence dans le sol du virus même après avoir arraché les vignes infectées, je devrais pouvoir les trouver. Ni une ni deux, je vais sur Google Scholar et je tape « soil grapevine virus ». En effet, je tombe sur l’article suivant intitulé « Survival of Xiphinema index in Vineyard Soil and Retention of Grapevine fanleaf virus Over Extended Time in the Absence of Host Plants ». Cet article se trouve être même en accès libre (au format pdf).

Des chercheurs de l’INRA travaillant sur le virus de la vigne en question ainsi que sur les nématodes (vers de terre porteurs du virus) ont collaboré et ont conclu dans cette étude de 2005 que : « Our findings on the long-term survival of viruliferous X. index under adverse conditions emphasize the need for new control strategies against GFLV. »

Alors, quoi faire ? Et bien si laisser les sols au repos pendant quatre ans n’est pas suffisant, on peut toujours ce dire qu’il faut attendre plus longtemps. Je veux bien croire que le secteur viticole français soit en surproduction (bien que la situation ait changé depuis 2007), mais quand on sait que 30% du vignoble français subi le « court noué », c’est un régime peut-être un peu drastique que de dire à tous ces producteurs d’attendre plusieurs années avant de recommencer à produire. En pratique, cela me paraît quelque peu difficile à réaliser.

On peut aussi penser que les conclusions des chercheurs ne sont que partiellement vraies, qu’ils n’ont pas tout bien regarder, etc. Mais c’est une accusation très forte et je n’ai pas l’impression que l’on puisse faire cela dans notre cas. La question se repose donc: quoi faire ? Et bien, peut-être qu’en introduisant une résistance génétique dans le génome des cépages on pourra améliorer un peu les choses ? Ou bien peut-être qu’en comprenant les déterminants moléculaires de la transmission du virus par le nématode, on pourra utiliser des moyens de lutte biologiques (des prédateurs des nématodes) plus adaptés, ou encore mettre au point des agents chimiques plus spécifiques ?

Mais avant de faire ça, il faut bien faire des recherches pour voir au moins si c’est possible parce que sinon, on juge avant même d’avoir des éléments de réponse. Et là, ce qui se passe, c’est que l’INRA ne peut même pas faire ces recherches. Malgré le fait qu’un processus de concertation ait été mis en place impliquant vignerons, chercheurs, conseillers scientifiques, etc. Une consultation publique a même été organisée. Le risque est de complètement braquer les chercheurs, de creuser le fossé entre eux et le reste de la société civile. D’un autre côté, le risque est de financer certaines recherches sous l’influence d’un scientisme ambiant qui n’est pas toujours de bon augure.

---

Le but n’est pas ici de savoir si une vigne OGM doit être commercialisée mais plutôt comment on gère l’effort de recherche en agronomie. Je ne vois pas d’autre solution que de continuer la recherche et d’augmenter l’effort de concertation, encore et toujours, d’améliorer les interactions entre les différents intervenants, car tous, chercheurs et citoyens, ont à y gagner, à condition que chacun essaie de se mettre à la place de l’autre.

Le nœud du problème concerne les relations entre science et société. Tous les chercheurs sont confrontés à cela, à plus ou moins grande échelle, et particulièrement à l’INRA, organisme de recherche finalisée, dont les trois domaines de recherche sont l’agriculture, l’environnement et la nutrition.

Au sujet des relations entre science et société, beaucoup de choses sont à construire, ce qui est d’autant plus passionnant. Alors si ce sujet vous intéresse, jetez un coup d’œil au manifeste en construction Revoluscience dont le sous-titre est « Pour une médiation scientifique émancipatrice, autocritique et responsable ». Pour le coup, c’est pile dans le sujet, c’est très actuel et vous pouvez même participer à son amélioration !

Afficher une version imprimable

Commentaires

Exprimez-vous ! L'association Sciences et Démocratie se bat pour donner la parole aux citoyens dans les débats « science société ». Vos messages renforceront notre motivation.

Re: Nouvelle destruction de vignes OGM expérimentales de ...

Pas d'OGM dans la nature ...Qu'est-ce qui empêche l'Inra de faire ses essais sous serres ( ce qui permettrait de compléter les essais en faisant varier la température, l'humidité, la luminosité, etc ... ) si ce n'est la volonté de provoquer et de préparer le terrain pour justifier un nouveau brevetage du vivant . ( Au fait, qui finance réellement ces essais ?? alors que les finances publiques sont défaillantes ! ) Après les fraises sans goût et les tomates imputrescibles, est-ce que l'Inra va nous sortir le vin sans raisin ??

Se limiter à des essais sous serre ?

J'ai écouté Marion Guillou, présidente de l'INRA, sur RMC avant hier. A cette question, elle répondait que les résultats des études diffèrent entre le labo et le champ, d'où la nécessité de travailler dans les deux contextes.

Du vin sans raisin ?

Du vin sans raisin, non, mais moins alcoolisé, oui. Dans l'émission de mardi sur RMC, la présidente de l'INRA, Marion Guillou, a indiqué que l'institut travaille aussi au problème d'augmentation du degré d'alcool dans les vins lié au changement climatique (l'approche dans ce cas n'était pas OGM je crois).

Destructions d'OGM : et qu'en pensent les chercheurs ?

Antoine Blanchard rappelle sur son blog que "43% des personnels du CNRS jugent acceptable la destruction d'essais d'OGM en plein champ" selon une enquête de 2007. Le papier indique des résultats homogènes entre disciplines sauf dans le domaine des sciences du vivant, où les fauchages sont nettement moins bien perçues.
http://www.enroweb.com/blogsciences/index.php?2010/08/18/435-scientifiqu...

Re: Nouvelle destruction de vignes OGM expérimentales de ...

Bonjour,
Il se trouve que je suis né à Colmar il y a pas mal d'années, et y ai passé mon enfance. Je n'y vis plus, mais y ai encore de la famille. Je connais très bien ce site de l'INRA, et il y a encore quelques années, j'y achetais un très bon vin d'Alsace, à chacun de mes passages dans la région.
Ce qui m'étonne dans toute cette affaire, c'est que le genre de maladie de la vigne, contre lequel l'INRA semble faire des recherches, était parfaitement inconnu il y a 40 ans, et en tout cas ne produisait pas des dégâts "visibles", dont se seraient plaint les vignerons de l'époque. On en restait à éviter le mildiou avec des sulfatages. Il n'y avait pas non plus de vignobles dans la plaine, comme actuellement autour de Colmar (au nord de la ville), et encore moins de maïs !
Le vin d'Alsace est-il devenu meilleur que dans ma jeunesse ? Pas sur ! Le "Sylvaner", vin très sec dans le temps, fait maintenant 12% d'alcool en volume, et est devenu un sirop !
Devenu docteur en histoire des sciences et des techniques, je ne "crache" évidemment pas "dans la soupe" ni sur la recherche. Mais celle-ci me semble de plus en plus "pilotée" par ses possibilités de financement, bien plus que par des "problématiques" a priori.
Alors que faire ? Et si on revenait à des pratiques un peu plus naturelles ?
Très cordialement,
Paul Naegel

Re: Nouvelle destruction de vignes OGM expérimentales de ...

Philippe Bourlitio se livre là a un exercice de libre pensée qui l'honore et dont nous devrions tous nous inspirer.
Il doute, il s'interroge, illustrant des le départ la philosophie de "principe de précaution".
Sa démarche est honnête.

On le voit de plus en plus clairement, l'incertitude sur la dangerosité des OGM est centrale dans ce dossier.
Oui, il y a des contre expertises inquiétantes et des faits accablants ( augmentation du recours aux pesticides après quelques années de cultures OGM)
Non, il n'y a pas eu de morts pour cause d'OGM.
Alors devant cette incertitude mettant face a face "scientistes" et "rétrogrades" ( pour faire très court!), les arguments et les actions des anti-OGM présentent tous les atttributs du PROCES d'INTENTION.
Pourquoi ne laissent-ils pas se dérouler des essais qui pourraient mener à la conclusion que les OGM sont dangereux?
C'est en effet assez ridicule et consternant.
La réponse tourne autour de la notion de BIEN COMMUN et du contexte politique et culturel dans lequel il s'inscrit.
Sur un sujet aussi sensible ( la manipulation du vivant), il ne peut y avoir de véritable questionnement sur l'UTILITÉ PUBLIQUE de ces technologies sur fond de brevetisation du vivant ( et des sommes colossales en jeu pour les firmes propriétaires des brevets).
Les enjeux financiers sont tels qu'ils faussent toute la chaine d'evaluation et de décision ( recherche publique liée aux firmes, chercheurs payés par des firmes, lobbying forcené au niveau de l'OMC, de l'Europe, des pays...)
Comment peut-il y avoir un débat serein, objectif, responsable sur un sujet aussi grave si certains ( pas les citoyens ni même les agriculteurs) peuvent y gagner des milliards.

Le débat est donc faussé sur le fond et pour tout esprit exigeant et honnête, il est évident qu'il ne peut bien se dérouler qu'en le posant sous l'angle de l'UTILITÉ PUBLIQUE, sans la pression des intérets financiers, pour couper court au PROCES d'INTENTION ambiant.

Il nous appartient de créer ce cadre pour la sérénité du débat. Et donc de se battre pour cela, car, bien entendu, cela ne se fera pas seul.Tant que ces garanties n'auront pas été réunies, l'affrontement continuera, et c'est bien normal.
C'est peut-être finalement et tout simplement un problème de CONFIANCE qui se pose là.
Et chacun sait que la confiance ne se demande pas, elle s'impose naturellement lorsqu'on a fait la preuve qu'on en est digne.
François PECQUEUR

P;S: L'histoire des grands scandales melant la santé et la finance ( vache folle, amiante, sang contaminé, H1N1) devrait nous avoir fait comprendre depuis belle lurette que les bénéficiaires économiques de ces épisodes ne sont JAMAIS les bons interlocuteurs pour évaluer l'UTILITÉ PUBLIQUE de leur entreprise.

A propos de l'auteur du billet

Bonjour François,

Merci de votre message. Je tiens à préciser que je ne suis pas l'auteur du texte, je n'ai fait que republier ici un billet publié initialement sur le blog http://joyeuserrance.wordpress.com. Tim, auteur de ce blog, nous a donné son accord mais a souhaité rester anonyme de manière à ce que ne soient discutées que les idées qu'il développe, sans qu'interfère une connaisance de son identité. C'est donc a lieu que revient le mérite.

Re: Nouvelle destruction de vignes OGM expérimentales de ...

Vous avez raison lorsque vous posez le problème des intérêts. C'est une des raisons pour lesquelles je vois d'un mauvais œil le désengagement financier de l'État dans la recherche. Ce devrait être son rôle de fournir des expertises indépendante des lobbys ayant gros à gagner. Certes j'idéalise un peu la politique, mais il est évident que les industriels vont financer des recherches sur des sujets qu'ils leur seront utiles et plutôt favorables.
Il me semble que ce serait plus constructif de faire pression pour que une vraie recherche publique indépendante plutôt que de mettre dans le même panier chercheurs et industriels et d'arracher tous les OGM sans distinctions.

Re: Nouvelle destruction de vignes OGM expérimentales de ...

Tout a fait d'accord avec vous.
Il faut faire en sorte que la recherche publique soit véritablement indépendante.
Mais comment faire?
Le savez-vous?
Comment faire lorsqu'à de trop nombreux secteurs et niveaux de l'état on fait l'apologie de l'interaction privé/public comme modèle de fonctionnement productif et vertueux?
Comme la Bachelot pronant la collaboration avec les labos pharmaceutiques au sortir du scandale du h1n1!
Comme l'évaluation de la dangerosité des OGM réalisée par les firmes elles-mêmes avec la benediction de l'Europe et des etats-membres?
Les anti-ogm vous rejoindront tous si vous connaissez le moyen de faire pression pour une recherche indépendante.
Mais l'affaire est complexe.
La recherche coute cher et dissocier la recherche et ses applications commerciales coutera encore plus cher.
Il faut donc savoir ce que l'on veut,: le beurre et l'argent du beurre, des financements privés sans pression sur les chercheurs ni sur les politiques? ne rêvons pas.

C'est peut-etre d'ailleurs une leçon qu'on peut tirer de ce débat: l'independance de la recherche est un veritable choix politique.
Pensez-vous que notre gouvernement actuel soit le mieux placé pour y répondre?

En attendant, les faucheurs agissent: ils fauchent .
Comme tout le mode devrait agir
- les citoyens en exigeant l'indépendance de la recherche
-les scientifiques en intégrant l'aspect politique du débat
-les politiques, en écoutant les citoyens qui refusent les OGM à 80%
Les faucheurs nous font la démonstration que le pire n'est pas de mal faire, mais de laisser faire.

Re: Nouvelle destruction de vignes OGM expérimentales de ...

@François C'est en effet un problème de confiance, mais heureusement, celle-ci se construit, par exemple à travers la co-construction des savoirs (cf. le blog d'Enro http://www.enroweb.com/blogsciences/index.php?2006/11/10/53-de-la-co-con...).

Re: Nouvelle destruction de vignes OGM expérimentales de ...

Bonjour,
Travaillant sur le site de l'INRA de Colmar je ne peux que rappeler que cet essai était un outil d'analyse il n'a jamais été question de faire du vin avec. En substance l'essai consistait à évaluer entre autre la possibilité d'une réponse immunitaire de la vigne face à ce virus.
Rappelons enfin que des associations écologiques (Alsace Nature, la confédération paysanne) ont été conviées dans le comité de pilotage, qu'elles ont aidé à le valider et à l'encadrer, cet essai était tout ce qu'il y a de plus démocratique. Le vrai soucis c'est l'ignorance. En arrachant cet essai les anti OGM se tirent une balle dans le pied, car si la recherche publique (et l'INRA est public est indépendant)ne fait pas ces études ce seront les privés qui le feront avec les dérives que nous pouvons en attendre. En arrachant un essai à 1 millions d'€ c'est autant d'argent en moins qui servira à faire de la recherche publique. Il faut arrêter d'associer OGM et Monsanto et essayer au moins de comprendre à quoi sert cet essai, arrêtez de dire que la recherche publique est orientée vers des buts économiques, je suis thèsard et ce n'est certainement pas la recherche du profit qui me fait me lever le matin, mais l'envie de comprendre et d'accumuler des données.
Pour ce qui est du sucre dans le vin c'est un problème c'est sur, le réchauffement climatique et les fermentations arrêtées trop tôt en sont les principaux responsables malheureusement. Néanmoins, les vins alsaciens ont fait d'énormes progrès en termes de qualité ces derniers temps mais ceci est un autre débat.

Re: Nouvelle destruction de vignes OGM expérimentales de ...

Je suis d'accord avec la majorité du commentaire de Damien. Sauf une phrase qui me hérisse le poil :

"Le vrai souci c'est l'ignorance"

Non. Non non et re-non. Le vrai souci, c'est le refus des chercheurs à tous les niveaux de la pyramide hiérarchique de communiquer simplement, en transparence, et de vulgariser. Tant qu'on ne contribue pas tous (et ça inclut surtout les doctorants qui ont souvent l'énergie et les épaules pour le faire!) à l'effort de communication (qui me semble soit complètement inexistant soit trop corporate pour être honnête), alors on n'a aucun droit de se plaindre de l'ignorance.

Tout rejeter sur l'ignorance du bas peuple, c'est d'une part un peu facile, d'autre part très limite d'un point de vue de la responsabilité du chercheur dans la société. C'est toujours facile d'utiliser la culture (ici scientifique) pour séparer les esprits éclairés du reste. C'est moins facile de retrousser ses manches et de parler d'égal à égal avec les gens, pour échanger des idées et des concepts.

Je ne sais pas, Damien, comment tu se situes sur ce point.

Re: Nouvelle destruction de vignes OGM expérimentales de ...

@Timothée Je suis bien sûr d'accord avec toi étant donné la conclusion de mon billet. Mais il n'est pas toujours facile de se lancer tout seul dans la vulgarisation scientifique, surtout que les centres INRA sont souvent isolés géographiquement (pas sur des campus universitaires et souvent à l'écart des villes). Il serait donc judicieux de toujours mentionner des liens vers des initiatives existantes afin de montrer que ce n'est pas toujours si compliqué que cela de vulgariser; par exemple, faire un lien vers Plume! (http://www.plume.info/), vers Paris Montagne (http://www.paris-montagne.org/), vers les Atomes Crochus (http://www.atomes-crochus.org/), etc.

Re: Nouvelle destruction de vignes OGM expérimentales de ...

Bonjour Damien et merci pour votre intervention. Je rebondis sur un point : vous dites que la Confédération paysanne est représentée dans le Comité local de suivi, or Marion Guillou précise dans son interview aux Echos que cette personne est présente "à titre personnel" (= non soutenue par son organisation). Qui a raison ?

Re: Nouvelle destruction de vignes OGM expérimentales de ...

Merci pour vos réactions,

Pour la confédération paysanne j'ai sans doute été un peu vite en besogne, il semble effectivement que cela ne concerne qu'une personne en son nom propre, merci d'avoir corrigé Enro.

Quand je dis "le vrai soucis c'est l'ignorance" c'est effectivement exagéré. Il s'agissait en fait de dénoncer les absurdités proférées par les anti-OGM qui pensent savoir de quoi il s'agit et racontent n'importent quoi, c'était cet aspect de l'ignorance que je voulais dénoncer. Ceci étant la communication est réalisée sur les sites internet : http://www.inra.fr/internet/Directions/DIC/ACTUALITES/DOSSIERS/OGM/walte... voir aussi le site de l'INRA par exemple.
Maintenant pour l'absence de communication je vois 3 raisons :
1) un manque de temps, le chercheur doit déjà faire son boulot, chercher pour la science et chercher des crédits, communiquer auprès des ces confrères internes à son centre mais aussi externe lors de congrès, cela demande de l'énergie est nécessite une formation et de l'expérience.
2) un manque de moyen, suite au 1), on pourrait imaginer qu'il existe des chargés de communication à l'INRA, ils existent certainement, mais en ce qui me concerne, sur l'INRA de Colmar je n'en ai pas vus, un manque de moyen certainement.
3) un manque d'opportunité, comment organiser cette communication ? Les journalistes ne feront pas de bons papiers en racontant ce qu'est un OGM et ce qu'il peut apporter à la science, les lecteurs ne sont pas intéressés quand bien même dans notre situation cela parle de vigne et de vin ! Vous savez comment les faucheurs ont opéré pour leur com ? Eh bien c'est simple ils se sont enfermés à 70 dans l'essai à 5h30 du matin, ont appelé la presse qui les a interviewés pendant que les flics les libéraient alors que les responsables de l'INRA n'étaient pas encore présents. Résultats, au début du 15 aout au moins, on n'a entendu qu'un seul son de cloche, celui des faucheurs car il n'y avait pas d'interview-réaction de l'INRA. Dans l'esprit des gens on a eu le faucheur avec son béret qui a raconté ses inepties et c'est tout. C'est simplement dégueulasse.

Pourtant, je suis d'accord avec Thimothée, la communication ferait beaucoup de bien aux chercheurs. Bon le doctorant lui, il a autre chose à faire que de communiquer. Une thèse n'est pas une partie de plaisir. Bien que cela arrive pourtant, et cela n'est pas toujours bien perçu, "il y a le savoir-faire et le faire-savoir" m'a-t-on dit lorsque j'ai communiqué auprès de la presse sur mon travail.
En revanche dire que la communication est trop corporate pour être honnête, ça me parait un peu fort du café.
Il suffit de voir comment les médias communiquent pour voir que c'est plutôt l'inverse.
Enfin il n'a jamais été question de séparer les esprits éclairés du reste, Jean Masson (président du centre INRA de Colmar) a proposé à José Bové un débat public, à ma connaissance l'intéressé n'a pas répondu.

Re: Nouvelle destruction de vignes OGM expérimentales de ...

Quelques réponses rapides.

Pour le point 1 : C'est une obligation dans le statut du chercheur. Personne (ou presque) ne le fait par manque de motivation (institutionnelle, j'entend, i.e. prise en compte dans l'évaluation). C'est largement plus valorisé au Québec, par exemple, d'après ce que j'en ai vu.

Pour le point 2 : Je pense que si on demande du financement pour des opérations de comm intéressantes, on le trouve. A voir tutelle par tutelle…

Pour le point 3 : Ca ne justifie pas de rester assis sans rien faire, on peut provoquer les opportunités de dialogue!

Quant au doctorant, pas d'accord avec toi. On a le temps de faire de la vulgarisation. C'est une expérience professionnelle à part entière, on a le temps de faire de la communication. Même si ça demande un effort supplémentaire par rapport à la thèse, c'est vrai.

Re: Nouvelle destruction de vignes OGM expérimentales de ...

Quelques commentaires rapides alors,
Pour le point 1 : Le chercheur n'a pas obligation de vulgariser son travail, il doit communiquer ces découvertes scientifiques voir les enseigner dans le cas des enseignants-chercheurs. Il est vrai en revanche que si ce travail est malgré tout entrepris, il est fait sur la base du volontariat et non valorisé (je ne parle pas d'argent mais de reconnaissance). On lui dira que son job c'est de publier pour valoriser sa recherche pas de communiquer.
Pour le point 2 : c'est faux, l'argent manque dans la recherche, trouver des financements pour chercher est déjà assez difficile, si en plus il faut en demander pour communiquer !
Pour le point 3 : c'est un peu gonflé d'écrire "rester assis sans rien faire", "provoquer des opportunités" et quand ? où ? Comment ? Ce commentaire vaut aussi pour le desaccord qui s'en suit, on N'a PAS le temps de faire de la vulgarisation, le thésard c'est du 8h-19h tous les jours et je parle pas des week end, "un effort supplémentaire" faut pas charrier là, tu as fait une thèse au moins pour dire ça ? je ne sais pas ce que pensent les gens des thésards mais on n'est pas là à se tourner les pouces. Je me donne bonne conscience en parcourant les forums pour essayer d'apporter un autre regard, voilà mon effort et ça me prend déjà du temps sur mon travail. Communiquer sur son travail c'est une chose, mais il faut déjà tellement d'effort pour casser les idées préconçues que les médias répandent que cela est décourageant, alors vulgariser son travail...

Re: Nouvelle destruction de vignes OGM expérimentales de ...

Point 1 – Et il devrait y avoir une sorte de "devoir moral" de parler de ce qu'on fait, mais passons…

Point 2 – C'est un faux débat. Les sources de financement ne sont pas les mêmes du tout. Et il y a déjà des structures qui le font.

Point 3 – Si, je te jure, on a le temps. Tu sais le point commun entre Paris-Montagne (http://www.paris-montagne.org/), le Prisme (http://www.prismedetete.net/) et Plume! (http://www.plume.info/) ? C'est fait à 90% par des doctorants. Et du coup oui, je fais une thèse, j'écris des papiers, j'explose mon quota d'enseignement tous les ans, je vais a des conférences, et je fais aussi de la vulgarisation (à Plume, justement, et fût un temps au C@fé des sciecnes http://www.cafe-sciences.org/). Le temps, on l'a. On peut le prendre. On peut le trouver. Dire le contraire, c'est de la mauvaise foi… ou une excuse pour son manque de bonne volonté?

Le doctorant doit-il, peut-il communiquer ?

Bonjour Timothée,

Je te trouve un peu radical tout de même. Tout le monde n'est pas un communiquant né. Il y en a pour qui ça demande plus d'efforts qu'à d'autres. Et si en plus ils ne sont pas poussés à communiquer par leur directeur, l'institution... Apparemment, cette activité n'est pas toujours bien perçue, non ?

Re: Le doctorant doit-il, peut-il communiquer ?

Philippe,

Moi le premier, je ne suis pas un communiquant né du tout. Ca s'apprend. Certes, les tutelles ne poussent pas à communiquer, mais il faut peut être arrêter d'attendre qu'on nous pousse dans la direction voulue. On a le droit de prendre des initiatives personnelles… Je n'ai jamais eu l'impression que ce soit mal vu.

Ce qui m'énerve profondément dans les réponses de Damien, c'est qu'il se permet de rejeter la faute sur l'ignorance des gens, tout en laissant à d'autres la tâche de corriger le tir. Si on ne fait aucun effort pour corriger un problème, c'est peut-être mieux de faire profil bas…

Mais pour finir, sur ce point, j'assume et je revendique ma position de radical. Il faut que chacun participe à l'effort de communication, et surtout qu'on arrête de faire croire que les doctorants n'ont le temps de rien.

Re: Le doctorant doit-il, peut-il communiquer ?

Effectivement tu n'es pas un communiquant né, mes réponses t'énervent profondément alors que j'ai reconnu être d'accord avec toi si certains points. Je crois que ce qui t'énerve c'est que mon message me faisait passer pour quelqu'un de passif alors qu'au contraire j'ai l'impression d'être actif sur ce coup là. Je ne rejette pas la faute sur l'ignorance des gens, je rejette l'ignorance tout court. On n'écrit pas comme le Guy Kastler (cf plus bas) des absurdités pareilles quand on n'y connait rien, et ça ça m'énerve profondément .
J'ai jeté un coup d'oeil aux site que tu as montrés, c'est un super travail, vraiment bravo à tout ceux qui publient là dessus c'est très bien il faut continuer. En ce qui me concerne, je n'ai pas le temps d'écrire sur ces sites, je suis très content que tu trouves le temps de le faire mais ma thèse ne me permet pas de dégager suffisamment de temps pour cela et comme tu n'es pas à ma place cela ne sert vraiment à rien d'essayer de me contredire. Je connais aussi d'autres thésards qui sont dans la même situation que moi c'est pour ça que je me permets de généraliser. Je ne peux pas démontrer par des sites internet que beaucoup de doctorants n'ont pas le temps de vulgariser leur recherche , à moins que l'on compte tous les doctorants universitaires ( env 68 000) et que l'on regarde le nombre de sites internet de vulgarisation tenu par les doctorants). Alors qu'est ce qui ne va pas à ton avis ? Si tous les doctorants ont le temps de le faire, pourquoi ne le font-ils pas ? Si ce n'est pas le temps, alors c'est l'envie et la motivation ? la retenue aussi peut être, quand on est doctorant on n'est pas encore expert dans son domaine, on peut manquer de confiance en soi, se retenir parce qu'on préfère ne rien écrire plutôt que de mettre une phrase ambigüe ou fausse dans un paragraphe d'explication. Ceci étant on reste d'accord, il faudrait le faire plus que ce qui est fait actuellement, il faudrait aussi que cela soit valorisé, mais pour certains domaines cela demande un effort important et le domaine des OGMs avec ces gens qui pensent savoir de quoi ils parlent (on parle de virus à ADN lorsque ce sont des virus à ARN par exemple, donc là il faut expliquer ce qu'est l'ADN, ce qu'est l'ARN, le silencing, un promoteur ect... ça demande du temps de tout expliquer !). A ma façon et avec le temps que j'ai, je vais sur les forums et j'essaye d'expliquer et de contredire les absurdités, je n'ai pas à faire profil bas parce que je sais de quoi je parle et je peux corriger certaines idioties qui sont écrites, j'ai pu montré d'ailleurs dans mes réponses que tout ce qui concerne les OGM de l'INRA est public et mis en ligne sur internet, donc la vulgarisation existe, simplement les gens ne la lisent pas.

OGM : manque de communication sur les recherches alternatives ?

Bonjour à tous,

Merci de vos contributions et bravo pour ces premiers échanges fort intéressants. Puisque la discussion s'engage sur le pourquoi et le comment de la communication autour des recherches sur les OGM, je vous fais part d'une réflexion de la Confédération paysanne, lue sur lemonde.fr à l'instant :

« La Confédération paysanne s'interroge pour sa part sur la raison pour laquelle "l'Inra ne communique que sur les recherches OGM alors qu'un de ses chercheurs de Montpellier a mis au point par des croisements traditionnels un porte-greffe non-OGM résistant au court-noué qui sera très prochainement commercialisé". »

Cette réflexion me paraît pertinente, tant on sait que la question de la place accordée aux alternatives est récurrente dès qu'on débat OGM. Ceci me ramène à l'émission dont j'ai parlé plus haut où intervenait Marion Guillou. Elle expliquait à propos des recherches sur le court-noué que l'INRA travaille sur deux voies autres que l'approche OGM : une de génétique classique (par introgression, j'imagine) et l'autre par jachère avec des plantes permettant de réduire la présence du vers dans le sol.

Une meilleure communication sur ces recherches aurait-elle permis d'éviter les arrachages, d'après vous ?

Re: Nouvelle destruction de vignes OGM expérimentales de ...

Dix arguments de Guy Kasler en réponse à la propagande de l'INRA et du gouvernement tentant de justifier les errements de l'essai OGM-vigne de Colmar

OGM VIGNE : FACE A LA PROPAGANDE, LES FAITS SONT TETUS

- La manipulation génétique ne modifie pas que le porte-greffe mais l’ensemble de la vigne cultivée, le raisin et le vin.

Conscient de la catastrophe commerciale que cela pourrait engendrer, les vignerons ne veulent en aucun cas courir le risque du moindre soupçon d’une possible présence d’OGM dans leurs vins. Pour leur faire accepter son expérimentation, l’INRA prétend que la manipulation génétique du porte-greffe ne modifie pas la vigne qui produit le raisin (le greffon). Pourtant, dès 2008, Jean Masson, directeur de la station viticole de l’INRA de Colmar, reconnaissait dans le journal les échos ses doutes sur lesquels il n’est bizarrement jamais revenu : « Les chercheurs estimaient il y a quelques années impossible que le transgène passe du porte-greffe au cépage. Nous ne l'excluons plus.»

Il est vrai qu’il ne pouvait pas ignorer les travaux de ses collègues de l’INRA de Versailles qui dès 1997, soit bien avant le début de son expérimentation à Colmar, avaient montré sur le tabac la transmission très importante de « produits » du transgène du porte-greffe au greffon. . Il ne pouvait pas non plus ignorer les soucis de la société civile sur ce problème clairement évoqué dans la publication du collectif ccc-ogm : « OGM-Vigne, Opinion Grossièrement manipulée ». Depuis, de nouveaux travaux ont confirmé la fréquence de ce passage . Le Comité Scientifique du HCB a pointé lui aussi ce problème en soulignant que les analyses réalisées par l’INRA de Colmar sont insuffisantes pour le documenter correctement (annexe 1).

- Toute manipulation génétique engendre de nombreux risques aujourd’hui non maîtrisés.

Au-delà de l’impact sanitaire ou environnement du transgène lui-même, toute insertion par transgénèse provoque des réarrangements non intentionnels du génome ou de ses relations avec son environnement (épigénétique), générant des effets non intentionnels pouvant passer inaperçus. La plupart des problèmes sanitaires engendrés par des OGM et aujourd’hui documentés ne sont pas dus directement au transgène, mais à ce type de réarrangement.

- La manipulation génétique du porte-greffe de l’INRA de Colmar engendre des risques de recombinaison virale particulièrement importants

Christian Vélot, Docteur en Biologie et en génétique moléculaire à l’Université Paris-Sud explique : « Le véritable danger de cette vigne (comme toutes les plantes transgéniques résistantes à des virus), c’est qu’elle est un véritable réservoir à virus recombinants. Il s’agit de plantes transgéniques dans lesquelles le transgène est un gène viral. La présence de ce transgène les protège contre le virus en question ainsi que contre les virus apparentés (sans qu’on n’en connaisse vraiment les mécanismes intimes). Or, les virus ont une très grande capacité à échanger spontanément leur ADN (phénomène de recombinaison) : les séquences d’ADN viral sont très recombinogènes. Par conséquent, quand cette plante est victime d’une infection virale, il peut se produire très facilement des échanges entre l’ADN du virus infectant et l’ADN du transgène, ce qui conduit à l’apparition de virus dits recombinants dont on ne maîtrise rien et qui vont pouvoir se propager dans la nature. Il est là le vrai danger avec ces plantes, ! Avec des plantes conventionnelles, une telle situation ne peut se produire que si la plante est infectée simultanément par deux virus. Avec ces plantes transgéniques, au contraire, un seul virus suffit et on augmente donc considérablement la probabilité de ces évènements. Tout ceci est expliqué en détail dans mon livre (OGM : tout s’explique) aux pages 140 à 142. »

- L’expérimentation menée à Colmar générait des risques importants et non maîtrisés de dissémination dans l’environnement

A la demande du Comité de Liaison et de Surveillance (CLS), l’INRA a annoncé avoir pris toutes les précautions nécessaires pour les risques de dissémination dans l’environnement. On peut déjà s’interroger sur la durée de l’efficacité d’une bâche enfouie dans le sol pour empêcher le passage hors du périmètre de l’expérimentation de tout nématode porteur du virus du court-noués, ou de tout microorganismes du sol, bactérie ou virus… modifiés par la vigne OGM. La suppression des fleurs empêchait toute dissémination éventuelle par le pollen. Mais elle n’empêchait pas la dissémination par les insectes piqueurs-suceurs dont le rôle important dans la dissémination des maladies virales dans la vigne est largement connu. Le responsable d’une station viticole de l’INRA ne pouvait pas ignorer ce risque depuis que la flavescence dorée, maladie transmise par un de ces insectes piqueurs suceurs, a justifié l’obligation réglementaire de nombreux traitements insecticides dans le vignoble français. Il ne pouvait pas non plus ignorer la capacité de tels insectes de disséminer des éléments du transgènes ou les produits d’éventuelles recombinaisons génétiques ou virales provoquées dans le porte-greffe et/ou le greffon. Il ne pouvait pas non plus ignorer la capacité de tels insectes à contaminer l’ensemble du vignoble à partir de l’échappement d’un seul agent pathogène. Il est curieux qu’il n’en ait informé ni les « citoyens » consultés lors de la première expérimentation sociologique précédant le premier essai, ni le CLS.

- Le déroulement de l’essai en milieu ouvert empêchait de répondre aux questions scientifiques les plus importantes

L’INRA de Colmar prétend qu’il était indispensable de mener cet essai en milieu ouvert pour que le sol et la vigne puissent subir directement les influences du climat afin de vérifier « en conditions réelles » l’efficacité de la transgénèse vis-à-vis de la maladie et d’évaluer les risques de dissémination dans le sol. Ces deux questions sont certes importantes, mais méritent-elles de courir les risques qui ont été pris. Les sommes dépensées par l’INRA pour faire semblant de « sécuriser » cet essai au prétexte qu’il se déroulait en milieu ouvert ont en effet largement dépassé ce qui aurait été nécessaire à la construction d’une serre simulant correctement les influences climatiques les plus pertinentes. Et surtout, ces deux questions sont-elles pertinentes tant qu’on n’a pas répondu aux questions des risques de recombinaison génétique ou virale, de passage du porte-greffe au greffon, au raisin ou au vin, de dissémination dans l’environnement de parties ou de produits de l’OGM, et des conséquences sanitaires, environnementales ou commerciales de tous ces risques. Or, en coupant les fleurs avant floraison, non seulement il devenait impossible de vérifier un éventuel passage au raisin et au vin, mais en plus on a modifié le métabolisme de la vigne en supprimant l’induction florale (première étape de la maturité), ce qui rendait peu pertinent tout résultat scientifique concernant l’efficacité du transgène sur le développement du court-noué dans la vie de la vigne. Il est clair que les questions scientifiques primordiales posées par un tel essai ne peuvent être correctement étudiées qu’en milieu confiné, en gardant les fleurs.

- Le but du déroulement de l’essai en milieu ouvert était avant tout commercial et non scientifique

Le syndicat Sud-Recherche dénonce avec justesse les intentions commerciales de l’INRA mal camouflées derrière les discours sur une recherche prétendue neutre : « La communication développée aujourd’hui par la Direction de l’INRA sur le sujet nous interpelle :elle affirme simultanément que cet essai sur la vigne vise à maintenir « l'existence d'une expertise impartiale au-delà de celle des entreprises internationales », mais aussi que sa destruction fait prendre le risque de « voir la France incapable de développer des produits alternatifs à ceux des grandes firmes ». Alors, nécessité (bien compréhensible) de connaissances nouvelles ou objectif (déjà annoncé) de valorisation commerciale ? C’est justement le débat de fond ! »

Le premier essai mené en champagne avait révélé une profonde irrégularité de l’efficacité de la manipulation génétique pour conférer une bonne résistance au virus du court-noué. Le but de l’INRA de Colmar était de repérer les clones réellement résistants et de se donner les moyens d’améliorer la production de tels clones dans les conditions exigées pour l’obtention de l’autorisation de commercialisation (essai CTPS en milieu ouvert pour l’inscription au catalogue)Cette précipitation mercantile s’est faite au détriment d’une recherche en milieu confinée indispensable pour se donner en préalable le moyens de répondre aux questions scientifiques que pose l’acceptabilité sanitaire, environnementale, économique, sociale ou éthique d’une telle production.

- Les travaux de l’INRA sont destinés à conforter les profits de Monsanto ou d’autres entreprises qui exploiteront les brevets protégeant la technologie utilisée

Christophe Bonneuil et Christophe Thomas indiquent dans leur ouvrage « Gènes, pouvoirs et profits » (édition Quae-FPH) : « En 1985, Monsanto dépose une demande de brevet sur une stratégie de résistance des plantes aux virus par introduction du gène de la protéine capsidaire. A cette date, seule est réalisée expérimentalement l'insertion du gène de protéine de la capside d'un virus de TMV, dans le tabac. Mais cette première application est mise en avant pour démontrer la validité générale de la stratégie. Monsanto ne revendique pas simplement ce qui est réalisé au moment du dépôt du brevet, mais demande que le brevet couvre l'utilisation de cette stratégie de résistance aux virus pour toutes les plantes et tous le virus ! Quand dans les années 1990, un consortium réunissant l'Inra, le Cnrs et LVMH développe des porte-greffes de vigne résistants au virus du court-noué, Monsanto se signale à leur attention : Monsanto les prévient que dès lors qu'une commercialisation des vignes transgéniques serait envisagée, il faudra obtenir une licence car ils travaillent sous la dépendance du premier brevet. (Joly P.B., 2002) »

La stratégie de résistance virale utilisée pour la production des porte greffe résistants au court-noué n’a donc pas été inventée par l’INRA, mais avait été mise au point et protégée par un brevet avant le début de son essai. Ce premier brevet s’épuisant en 2005, Monsanto en a déposé un nouveau en 2003 dont la protection s’étend jusqu’en 2023. En 2010, l’Université de Cornell a déposé un nouveau brevet concernant une stratégie de protection virale spécifiquement ciblée contre le court-noué de la vigne. Il est clair que les travaux menés par l’INRA de Colmar ne serviront pas « le public » ou « la Science », mais avant tout ceux qui exploiteront ces brevets et/ou un éventuel nouveau brevet déposé par l’INRA lui-même.

- Le court noué est une « maladie commerciale » aggravée par la politique agricole

Contrairement à ce qu’affirme l’INRA (communiqué du 27 mai 2010), le virus du court noué n’est pas une maladie qui « provoque la mort des vignes et rend les terres impropres à la viticulture ». Le court noué est sans incidence sur les vignes françaises plantées sans porte-greffe (actuels greffons). Ses dommages ne se manifestent que dans les vignes greffées sur porte-greffe américain suite à l’épidémie de phylloxéra depuis bientôt un siècle. Ces vignes ne sont pas mortes et les terres où il s’est manifesté ne sont pas devenues impropres à la viticulture. Son incidence n’est économiquement insupportable que dans les vignes à haut rendement qu’il pénalise trop. Dans les vignobles de qualité conduits avec des méthodes naturelles, notamment en biodynamie, il ne menace pas la survie de la parcelle et est au contraire un régulateur de rendement qui permet les années trop productives de conserver une bonne qualité du vin. Dans les vignobles de production de masse, les vignerons ont depuis longtemps appris à vivre avec en pratiquant des rotations de culture suffisamment longues (8 à 10 ans) entre deux plantations afin que les nématodes qui le propagent disparaissent tous, avant de replanter avec des plants sains. Seuls ceux qui veulent replanter vigne sur vigne sans aucune période de repos du sol n’ont pas aujourd’hui de solution sanitaire satisfaisante face au court noué. A l’heure où la viticulture européenne se trouve confrontée à une crise permanente de surproduction, on peut s’interroger sur la pertinence de la Politique Agricole Commune qui dépense chaque années des milliards d’€ pour diminuer le potentiel de production. Elle élimine ainsi de nombreux vignerons qui vont directement ou indirectement grossir le rang des chômeurs, alors qu’une aide au repos du sol entre deux plantations aurait la même incidence sur les surfaces en production, tout en aidant les vignerons à faire face aux maladie de la monoculture comme le court noué et en maintenant un nombre de paysans bien plus nombreux. La « solution magique » de la vigne OGM résistance au court-noué n’est qu’un expédient destiné à encourager des pratiques viticole anti-agronomique, anti-sociales et anti-économique.

- Contrairement à ce qu’affirme l’INRA, il existe de nombreuses alternatives à la solution OGM

Il y a longtemps que les vignerons ont appris à vivre avec le court noué grâce à une multitude de pratiques agronomiques de respect des sols et d’assainissement des plants de vigne, chacune adaptée à chaque terroir et à chaque type de conduite du vignoble. En 2009, l’INRA de Colmar a découvert l’une d’entre elles et communique depuis sur ses importants efforts de recherche sur les alternatives aux OGM, alors qu’il n’a installé qu’une petite parcelle d’essai chez un vigneron bio. Il s’agit de l’implantation de plantes nématicides, certes intéressante mais dont l’efficacité nécessite la complémentarité d’autres pratiques comme le repos des sols, la conduite à rendement modéré favorisant la qualité des vins, ce que les vignerons savent depuis longtemps… En effet, ces plantes n’agissent que sur la premières couches superficielles du sol alors que le nématode vecteur du court-noué peut se réfugier jusqu’à plus d’un mètre de profondeur. Contrairement aux recherches officielles d’un pays comme la Suisse, jamais l’INRA n’a daigné s’intéresser à la globalité des pratiques de chaque vigneron qui seule permet de vivre avec la maladie, pratiques toutes gratuitement disponibles pour tous. Il ne s’intéresse qu’à quelques recettes brevetables et toutes totalement insuffisantes dans la plupart des situations.
Le plus surprenant reste l’absence totale de communication de l’INRA sur la mise au point par pollinisation dirigée et non avec des OGM d’un porte greffe résistant au court-noué par un chercheur de l’INRA de Montpellier, Alain Bouquet, porte-greffe qui disposera très prochainement d’une autorisation de commercialisation démontrant l’inutilité totale de la solution OGM.

Les citoyens et professionnels participant à « l’expérience pilote de co-construction de ce programme de recherche » qui a précédé cet essai, puis du Comité de Liaison et de Surveillance, n’ont jamais été informés des réelles questions scientifiques posées. On les a laissés (volontairement ?) ignorants des résultats scientifiques déjà connus sur le passage du porte greffe au greffon, sur l’instabilité des transgènes, sur les rôle des insectes piqueurs suceurs dans la transmission des maladies de la vigne, sur les enjeux commerciaux découlant de la Politique Agricole ou des brevets déjà existant sur ces manipulations génétiques et sur l’existence de réelles alternatives. L’entêtement de l’INRA et du gouvernement à poursuivre cet essai, n’ont pour but encore une fois que de manipuler l’opinion publique afin de forcer l’acceptation des OGM par des vignerons, des citoyens et des consommateurs qui n’en veulent pas.

Guy Kastler, le 23 août 2010

Re: Nouvelle destruction de vignes OGM expérimentales de ...

Voilà, donc comme je suis un poil vexé parce que "les thésards ne font pas de vulgarisation alors qu'ils ont le temps" j'ai pris une heure et demi pour lire le charabia proféré par Guy Kastler. Voici mes commentaires
- La manipulation génétique ne modifie pas que le porte-greffe mais l’ensemble de la vigne cultivée, le raisin et le vin.
1) on ne fait pas de vin avec ce essai, donc on arrête tout de suite le délire
2) pour savoir si l'ensemble de la vigne cultivée devenait à son tour OGM il aurait fallu laisser l'essai se conduire au lieu de le détruire, c'était justement une des questions que l'INRA se posait.
- Toute manipulation génétique engendre de nombreux risques aujourd’hui non maîtrisés.
=> c'est justement pour ça qu'il faut évaluer ces risques et le faire dans un cadre indépendant, donc par la recherche publique et non par les privés qui réussiront à publier des données qu'ils auront générées dans leurs conditions. Il y avait une chance d'obtenir une voix indépendante de la part d'autre chose que MONSANTO, mais les faucheurs ont tout ruiné. De plus on reproche sans cesse de ne pas avoir de recul sur les OGMs et quand on fait des essais ils sont saccagés, alors on fait comment ?
-La plupart des problèmes sanitaires engendrés par des OGM et aujourd’hui documentés ne sont pas dus directement au transgène, mais à ce type de réarrangement.
=> aucune documentation, ni référence n'est donnée quant à cette affirmation, de quel réarrangement parle-t-on ? le sous entendu j'imagine est celui des bactérie multi resistante, il faut savoir que c'est l'utilisation massive des anti biotiques qui en est responsable pas les OGM qui sont mis en culture.
-La présence de ce transgène les protège contre le virus en question ainsi que contre les virus apparentés (sans qu’on n’en connaisse vraiment les mécanismes intimes)
=> mais on veut les connaitre ces mécanismes, comment voulez vous qu'on les étudie, si l'essai est systématiquement détruit !?
-Par conséquent, quand cette plante est victime d’une infection virale, il peut se produire très facilement des échanges entre l’ADN du virus infectant et l’ADN du transgène.
=> bon ben ça par exemple c'est n'importe quoi, on voit que ce monsieur n'a pas étudié l'OGM en question. L'OGM surexprime un gène de capside du virus du GFLV. Ce virus contamine déjà certaine vigne est donc la protéine issue de ce gène est déjà synthétisée dans ces vignes "naturelles" contaminées. Cette protéine de ce virus naturel peut donc déjà se trouver naturellement dans le raisin et donc dans le vin, donc le transgène en question n'a rien d'artificiel, il peut se recombiner si il veut, il se recombinera avec l'ADN d'un autre virus qui contaminera la plante tout comme l'aurait fait l'ADN du GFLV d'une plante contaminée naturellement.
quant aux gènes de resistance (dit NPTII) ce gène confère une résistance à la kanamycine. dans l'article suivant on lira : " il confère la résistance à certains antibiotiques de la famille des aminosides, notamment la kanamycine et la néomycine (peu utilisées en thérapeutique humaine). Il est utilisé dans la construction de la tomate de Calgene (Monsanto), d’un colza de PGS et d’un colza de Calgene." source : http://www.ethique.inserm.fr/ethique/Ethique.nsf/0/68c5bee890115bbbc1256...
Donc cet antibiotique n'est pas ou peu utilisé en thérapeutique humaine, on ajoutera que des bactéries résistantes à cet antibio existent déjà dans la nature et qu'il n'y a pas besoin d'OGM pour cela.
-Tout ceci est expliqué en détail dans mon livre (OGM : tout s’explique) aux pages 140 à 142. »
=> et il en profite pour se faire une petite pub, bien sur, ça c'est super déontologique !
-On peut déjà s’interroger sur la durée de l’efficacité d’une bâche enfouie dans le sol pour empêcher le passage hors du périmètre de l’expérimentation de tout nématode porteur du virus du court-noués, ou de tout microorganismes du sol, bactérie ou virus… modifiés par la vigne OGM.
=> alors là génial, il faut quand même rappeler que les 70 guguss qui sont venus tout arracher ont, eux, certainement emmené sous leurs bottes tout un tas de ces bestioles, donc au final ce sont les faucheurs qui dissèmineront le plus de terre infectée, bravo les gars!
-(...) elle n’empêchait pas la dissémination par les insectes piqueurs-suceurs dont le rôle important dans la dissémination des maladies virales dans la vigne est largement connu.
=> le transgène est non nocif et naturellement présent dans les plantes infectées, dans ce cas la moindre plante infectée par le virus du court noué est à son tour susceptible d'être vectrice de transgène par le biais de ces insectes piqueurs-suceurs.
-en coupant les fleurs avant floraison, non seulement il devenait impossible de vérifier un éventuel passage au raisin et au vin, mais en plus on a modifié le métabolisme de la vigne en supprimant l’induction florale.
=> qui a demandé à ce qu'on coupe les fleurs ? réponses : les écolos dans leurs doléances pour que l'essai soit accordé lors du comité de suivi. Donc ils voulaient qu'on enlève les fleurs pour éviter tout soucis de dissémination ce qui fut fait, mais maintenant cela devient un motif de reproche ! encore une preuve de la mauvaise foi.
- Le but du déroulement de l’essai en milieu ouvert était avant tout commercial et non scientifique.
=> c'est faux, c'est un essai, un outil.
- Les travaux de l’INRA sont destinés à conforter les profits de Monsanto ou d’autres entreprises qui exploiteront les brevets protégeant la technologie utilisée
=> des fantasmes, des idées préconçues, c'est du n'importe quoi, voilà de quoi je voulais parler quand je disais "ignorance", en fait c'est même pire, ce sont des raccourcis d'une pauvreté intellectuelle effarante.
bon le reste c'est encore pire, ce n'est plus de la science alors j'arrête.
pour info, le virus du court noué reste en "dormance" plus de 8 ans après arrachage des vignes, donc les gens qui parlent de rotation ect... délirent.

Je vous invite enfin à lire le dossier sur cet OGM mise en ligne à l'adresse suivante :
http://www.ogm.gouv.fr/IMG/pdf/document_principal_cle86c75f.pdf
Qu'on ne dise pas que tout était fait en secret et que personne ne communique !

Re: Nouvelle destruction de vignes OGM expérimentales de ...

@Damien merci pour tous ces renseignements et ces réponses précises ! En effet, ça prend du temps de répondre et d'essayer de comprendre les arguments des autres (je sais ce que c'est, étant aussi doctorant), mais je crois qu'au final c'est vraiment la meilleure façon de faire, donc à mon avis tu n'as pas lu le point de vue de G. Kastler pour rien et je suis sûr que d'autres liront tes commentaires avec intérêt.

Re: Nouvelle destruction de vignes OGM expérimentales de ...

Bravo pour votre démarche visant à éclairer un débat qui en a un très, très grand besoin.

Malheureusement le dossier OGM tourne le plus souvent à un affrontement idéologique stérile. Je trouve que les opposants anti OGM ont tendance à mettre en avant des "arguments scientifiques" pour étayer un refus qui est avant tout de nature idéologique. Cela entraîne beaucoup de confusion et empêche malheureusement d'identifier et de traiter les vraies questions.

Bon courage

Re: "arguments scientifiques" ...

des "arguments scientifiques" ne sont qu'une explication technique et ne peuvent prétendre se substituer aux choix sociologique, économique et politique. Ce sont uniquement des éléments d'informations, le plus souvent, restreints et partiels (bio, chimie, physique, climat...) qui ne peuvent en aucun cas justifier autre chose qu'un choix technique et ne peuvent pas non plus servir d'alibi à des idéologies. La science arrogante et hégémonique a parfois besoin d'un peu d'humilité pour éviter le rejet (lire le dossier de presse du nouveau livre de JM Levy-Leblond : La science n'est pas l'art). A propos du problème de communication de l'inra sur les études des porte greffe OGM consultez les compte rendus d'un colloque au parlement européen en novembre 2007 (CNRS édition); "science en société au XXIe siècle, autres relations, autres pratiques", pour lire l'intervention de Jean Masson (président du centre inra colmar), et les questions de Jacques Testart soulevant le parti pris (au moins initial) de l'inra et l'éviction des agro-biologistes Bourguignon... instructif et illustrant parfaitement le fait que d'avoir techniquement et scientifiquement "raison" (et parfois la "raison" et la vérité n'est que partielle et temporaire) ne donne pas toutes les réponses ni tout les droits.

Re: "arguments scientifiques" ...

Bonjour Pierre et bienvenue dans la discussion.

Enro me signale que la discussion entre Masson et Testart est également dispo sur internet en vidéo :
http://www.canalc2.tv/video.asp?idVideo=7207

Re: "arguments scientifiques" ...

C'est parce que les extrémistes écologiques opposent des pseudo-"arguments scientifiques" que la communauté scientifique se permet de leur répondre avec des arguments scientifiques. Leurs idées et leur concept on leur laisse bien volontiers. Le fait d'avoir techniquement "raison" ne donne pas toutes les réponses et tout les droits, mais le fait d'avoir une idée préconçue des OGMs et de mentir en disant que le choix de mettre des OGM à Colmar n'était pas démocratique ne donne pas non plus le droit de tout saccager. Il y a des lois en France, si demain des gens viennent saccager un champ bio sous pretexte que ça ne leur plait pas ils iront en prison, eh bien c'est pareil, ces gens sont venus saccager un champ, ils doivent être punis, il n'y a même pas de science là dedans, c'est juste la loi.
On ne peut opposer la science à l'idéologie, c'est bien pour cela que Galilée a failli être brulé.

Parenthèse remerciements

Bonjour à tous,

Je fais une parenthèse dans la discussion pour vous dire à quel point je suis ravi de la diversité des contributions reçues en réaction à l'article de Tim. Voyez plutôt : nous avons eu comme intervenants Paul Naegel, historien des techniques, Damien Steyer, doctorant à l'INRA de Colmar (à qui je donne une mention spéciale pour avoir pris le risque d'avancer à visage découvert étant donné sa proximité au sujet), François Pecqueur, de Mouvement Résistances, Antoine Blanchard (alias Enro), intitiateur du C@fé des sciences, Timothée Poisot, doctorant en Sciences de l'évolution. Plus quelques autres qui ont préféré s'exprimer sous pseudonyme. Un grand merci à tous pour ce temps de partage !

Remerciements également à Tim, l'auteur du billet. Tim, j'avais apprécié ton billet en particulier parce que tu expliquais pas à pas comment tu avais construit ton avis sur le sujet. Les réactions confirment qu'il y a un grand besoin de ce type de démarche. En témoigne aussi le message de Duncan sur Twitter :

"Entre cette tribune sur rue89 sur les vignes OGM saccagée en Alsace et la discussion passionnante sur @sciencesetdemoc, il est facile de déterminer où trouver une information de qualité".

A tous ceux qui souhaitent se livrer au même exercice, sachez que Sciences et Démocratie accueillera vos écrits à bras ouverts.

Au plaisir de vous lire encore !

Re: Parenthèse remerciements

Merci pour les remerciements,
Dans notre centre INRA On a tous été très choqués par ce qu'il s'est passé.
En ce qui me concerne je ne travaille même pas sur cet essai, mais quand je discute avec les collègues qui réalisent ce travail et que je vois la façon dont ils sont trainés dans la bout par des gens qui n'y connaissent rien, je pense qu'il y a comme le dit Timothée un gros travail de communication à faire.

Re: Nouvelle destruction de vignes OGM expérimentales de ...

Je vous invite à venir participer au débat et à la Session 2 du Colloque Sciences de la Vie en société "Fascination, confrontation, controverses, co-évolution" qui reviendra sur la question des OGM et des controverses qu'elles suscitent.

C'est le 28 septembre de 8h30 à 18h30 au Collège de France à Paris

Avec Jean Masson, Christophe Bonneuil, Brian Wynne et Pierre-Benoît Joly.

Programme complet, inscriptions obligatoires et informations : http://sdvensociete.genopole.fr

Venez nombreux enrichir le débat.

Merci à Philippe d'avoir relayé l'information...

Re: Nouvelle destruction de vignes OGM expérimentales de ...

Ola,

J'imagine que tous les partisans d'un monde sans OGM ou pour le moins soucieux d'un système politique réellement démocratique ont déjà signé cette pétition d'Avaaz.
Si ce n'est pas le cas....en voici l'occasion.
http://www.avaaz.org/fr/eu_gmo

Salutations cordiales

Pétition européenne "OGM : établissons d'abord les faits"

Merci Henri.

On notera au passage que cette pétition s'appuie sur une procédure européenne nouvelle, en cours de définition : l'Initiative Citoyenne Européenne. La pétition d'Avaaz indique qu'il s'agit d' "un mécanisme légal avec des obligations formelles strictes". Ce que ne dit pas le texte de la pétition, c'est que ces obligations font encore l'objet de discussions et que l'entrée en vigueur de cette ICE n'est prévue que pour début 2011*. Cela dit, j'imagine que rien n'empêche de recueillir dès à présent le million de signatures nécessaire (si c'est le chiffre que retiendront les législateurs européens). Déjà 829 000 signataires...

*Pour en savoir plus sur l'ICE :
http://ec.europa.eu/dgs/secretariat_general/citizens_initiative/index_fr...

Rappelons aussi que la France est de ce point de vue à la traîne. Nous n'avons toujours droit à l'initiative citoyenne qu'à l'échelon local :
http://www.sciences-et-democratie.net/dossiers-et-debats/quelle-democrat...

Re: Nouvelle destruction de vignes OGM expérimentales de ...

Ci joint la retranscription du débat paru dans le journal l'Alsace du 6 Octobre sur le débat qui s'est déroulé entre M Jean Masson , Mme Beck-Hartweg et M Muller Jacques : après l'arrachage de vignes OGM à Colmar, la recherche publique en question. http://www.lalsace.fr/fr/permalien/article/3917859/Apres-l-arrachage-de-...
Je n'ai pas de commentaires à en faire.

Re: Nouvelle destruction de vignes OGM expérimentales de ...

Voilà qui permettra non pas de clôturer le débat mais de l'enrichir :
http://www.plosbiology.org/article/info:doi/10.1371/journal.pbio.1000551
Ceci est l'article scientifique sur les fameux OGMs.
Il est en accès libre, à la portée de quiconque a internet, il a été évalué, revu, corrigé par des personnes indépendantes. C'est extrêmement difficile de faire ce travail, cela demande beaucoup d'efforts, et bien plus de réflexion que tout ce que ce que les faucheurs décérébrés n'en auront jamais.

Faucheurs décérébrés ?

Bonjour Damien. Merci pour ce lien.

Traiter les faucheurs de décérébrés est un raccourci un peu facile et qui ne fait pas vraiment avancer le débat. J'imagine que vous en avez conscience. Cela dit je comprends tout à fait la colère, le sentiment d'injustice, que les chercheurs peuvent ressentir quand leurs travaux sont détruits.

Pour info, les citoyens aussi ont des raisons d'être en colère. Malheureusement pour vous, les destructions d'OGM sont devenus un outil communicationnel, et ce dès 1997. Personnellement, je rêve que l'on prenne un jour le temps de tout mettre à plat et de construire démocratiquement des décisions éclairées. Mais pour l'instant, on reste dans le bras de fer. Voir par exemple le dernier communiqué du mouvement Touche pas à mon principe de précaution : OGM : La Commission Européenne foule aux pieds le droit d’initiative citoyenne et menace le principe de précaution.

Au passage, les auteurs du texte s'indigne de la réponse de John Dalli ("Cette pétition n'est pas encore valable, car l'initiative citoyenne n'est pas encore en vigueur."). Elle était pourtant on ne peut plus prévisible (voir mon message un peu plus haut).

Voici un texte que j'ai écrit il y a 5 ans et qui reste d'actualité : Les faucheurs volontaires, produits d'une démocratie inachevée. N'hésitez pas à y réagir.

Faucheurs décébrées -Scientifiques vendus -le juste milieu

Je pense que ces "débats" (OGM, Nano) dégénèrent assez rapidement dans des échanges de violence, quelle soit verbale ou physique, de part et d'autre, parce que, de part et d'autre ce que je ressent est un immense sentiment d'impuissance.
Si je suis une personne lambda, révoltée par les pratiques commerciales d'une société comme MonSanto, indignée devant les résultats d'une PAC dont je comprend (à peu près) pourtant l'histoire, le déroulement, et l'engrenage... je reste avec l'impression de ne pouvoir rien faire contre des monstres d'intérêt économique ou d'organisation politique... je crois que j'aurais envie, tout simplement de pouvoir me décharger 'physiquement' de toute cette impuissance, d'avoir l'impression d'agir dans un sens qui soit celui qui me correspond.

Si je suis un doctorant lambda, que j'ai commencé à faire de la recherche par désir de comprendre le monde, par simple curiosité, ou parce que je croyais que la science avait des réponses à apporter, des pistes à proposer. Que je bataille chaque jour pour trouver mon chemin, un financement, 30secondes pour avoir l'avis de mon directeur, que je me retrouve à enseigner sans que jamais personne ne m'ait donné le mode d'emploi, que d'emploi d'ailleurs après ma thèse on me dit que je n'en aurait pas si je ne suis pas le meilleur.Et qu'on vient me foutre en l'air ces trois années de travail sans lesquelles je n'arriverais jamais au bout de mon hypothèse de travail, je crois que j'aurais envie de crier, d'insulter ces gens qui n'ont rien compris.

En tout cas pas compris, qu'à l'INRA (et ailleurs), il y a surtout (certainement 'pas que', pas la peine de faire de l'angélisme non plus) des chercheurs honnêtes, qui essaient de comprendre, d'analyser, d'avancer. Qu'ils prennent des risques, qu'ils se plantent aussi parfois... le risque zéro ça n'existe pas...nulle part..

Parce que les intérêts contre lesquels on se bat quand on va détruire un champ, ils sont ailleurs, plus grands, plus puissants... et surtout beaucoup moins accessibles. Et le seul moyen de les atteindre c'est une petite boite qui fait de la lumière et dans laquelle les informations du monde arrivent.

Pas sûre que cette contribution apporte grand chose au débat... pas de solution en tout cas... juste chacun à son niveau continuer à discuter, à informer en essayant de garder un peu de recul.
En tous cas, chapeau à tous ceux qui prennent du temps (un peu, beaucoup, passionnément... c'est l'ensemble qui compte) pour écouter et discuter.

Re: Nouvelle destruction de vignes OGM expérimentales de ...

Bonjour,

bizarre comme on ne parle pas de dissémination ni de réversibilité.

Car celui qui annonce pouvoir contrôler la diffusion de gênes dans le milieu naturel; ou pouvoir revenir à la situation antérieure est un charlatan ou un mythomane.

Nano, OGM, nucléaire et consorts: oui pour la recherche mais à petite échelle et avec un CONFINEMENT TOTAL.
Avec déclaration préalable, contrôles et sanctions si nécessaires, sinon cela ne rime à rien.
C'est seulement dans ces conditions que la recherche est acceptable par la société.

Quand aux essais de l'INRA en plein champ... on ne sait pas infecter une serre?

Dissémination ? Si si, on en parlait.

Il est clair que la dissémination de transgènes dans l'environnement est une question importante. Elle a d'ailleurs été documentée très tôt pour les cultures de PGM. Il me semble avoir lu dès 1996 un article sur la contamination par du colza GM de la ravenelle, plante sauvage cousine du colza avec lequel les croisements sont possibles en bordure des cultures. L'étude concluait que les contaminations seraient inévitables...

Concernant les pieds de vigne de l'INRA, la situation est différente. On en a un peu parlé ci-dessus : ici et . N'hésitez pas à réagir.

Visiblement, il est nécessaire d'étudier l'évolution d'une PGM en plein champ de la même manière qu'il est nécessaire de tester un médicament chez l'être humain (lors d'essais cliniques) : on n'est pas encore capable de reproduire en laboratoire la totalité des facteurs du milieu naturel (le champ ou l'organisme) pouvant intervenir.

Poster un nouveau commentaire

Le contenu de ce champ ne sera pas montré publiquement.
  • Internal paths in double quotes, written as "internal:node/99", for example, are replaced with the appropriate absolute URL or relative path.
  • Use <fn>...</fn> to insert automatically numbered footnotes.
  • Use [# ...] to insert automatically numbered footnotes. Textile variant.
  • Les adresses de pages web et de messagerie électronique sont transformées en liens automatiquement.
  • Allowed HTML tags: <a> <em> <strong> <cite> <code> <ul> <ol> <li> <dl> <dt> <dd> <img> <sup>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • You may insert videos with [video:URL]

Plus d'informations sur les options de formatage