Re: Les pistes d'action

C’est une question très difficile à résoudre. En principe, dans notre pays, la plupart des experts sont fonctionnaires. Cela résout une partie des problèmes : l’expert est payé par le gouvernement. En réalité, les problèmes demeurent et sont aggravés. En tant que fonctionnaires, les experts scientifiques peuvent recevoir des crédits très importants provenant de l’industrie pour leur laboratoire. D’autre part, ils ont le droit de recevoir des revenus provenant également de l’industrie, avec l’accord de leur administration. En pratique, si le fonctionnaire est suffisamment haut placé, il n’y a aucun problème. D’autre part le lanceur d’alerte (whistle blower) éventuel est lui-même un fonctionnaire. Alors qu’il bénéficie d’une certaine tranquillité dans son travail, le fait de lancer l’alerte va être pour lui une source de problème, tandis que l’expert haut placé engagé dans un conflit d’intérêt à une quasi-certitude d’impunité.

Prenons l’exemple des OGM : en 1997, l’expert désigné pour émettre un avis sur la culture OGM en France est Axel Kahn, président de la Commission du Génie Moléculaire. Il est en même temps directeur d’une unité de l’INSERM sur le métabolisme du foie et rémunéré en tant que fonctionnaire. Le rapport du président de la CGB est favorable à la culture des OGM, alors que certains experts, plus au fait de la physiologie végétale émettent de sérieuses réserves. Après le refus du gouvernement Juppé d’autoriser la culture OGM, Axel Kahn démissionne de la CGB et est embauché dans les mois qui suivent pour une durée de 2 ans comme directeur scientifique adjoint par Rhône-Poulenc la compagnie française qui développe des OGM et pour laquelle l’autorisation de cultiver les OGM est importante. Son travail consiste en « l’évaluation des biotechnologies agricoles », alors qu’il n’a aucune formation en agronomie. Dans le même temps, il continue à diriger son laboratoire (métabolisme du foie) à l’INSERM. Le fait même d’émettre des critiques vis-à-vis du mélange des genres pratiqué par Axel Kahn peut valoir à son auteur de sérieux ennuis professionnels. N’oublions pas qu’Axel Kahn a été membre du comité consultatif d’éthique, et est sensé être le spécialiste du Bien et du Mal. Il bénéficie d’un soutien quasi-inconditionnel des médias qui ont passé sous silence le livre consacré à cette affaire (la Guerre Secrète des OGM, par Hervé Kempf), et s’abstiennent de mentionner une cause importante de la méfiance vis-à-vis des OGM.

D’autre part, le principal lanceur d’alerte, Christian Vélot, a perdu aujourd'hui tous ses moyens de travail. Il est très difficile de dire que c’est à cause de son activité anti-OGM. En tout cas, il me semble que les scientifiques, s’ils étaient libres, ne pourraient pas tolérer un Axel Kahn dans leur sein.

Répondre

Le contenu de ce champ ne sera pas montré publiquement.
  • Use <fn>...</fn> to insert automatically numbered footnotes.
  • Use [# ...] to insert automatically numbered footnotes. Textile variant.
  • Les adresses de pages web et de messagerie électronique sont transformées en liens automatiquement.
  • Allowed HTML tags: <a> <em> <strong> <cite> <code> <ul> <ol> <li> <dl> <dt> <dd> <img> <sup>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Plus d'informations sur les options de formatage

CAPTCHA
Cette question sert à tester si vous êtes ou non un visiteur humain et ainsi éviter la soumission automatique de spam.