Débats de société sur les enjeux des technologies et des sciences
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Monsieur Bourlitio,
Monsieur Bourlitio,
Sur la reproductibilité et les résultats des démonstrateurs existants: n'étant pas physicien ni expérimentateur dans ce type de recherche fondamentale que constitue la "fusion froide", je fonde mon appréciation de l'opportunité de cette recherche sur les informations que j'ai pu recueillir sur les sites internet des différents laboratoires impliqués ou dans les médias spécialisés, mais aussi auprès de certains chercheurs eux-mêmes.
Ce que j'ai eu à connaître, c'est que des démonstrateurs réalisés notamment dans les laboratoires que j'ai cité tendent à faire la preuve que de la chaleur excédentaire se décline d'une réaction se produisant dans l'appareil, selon des modalités variables. Variables en fonction du type de montage (de la nature et de la quantité de matériaux mis en oeuvre, du process expérimental, de la température de fonctionnement, etc...)
Cette variabilité s'exprime, selon les cas, par des coefficients de performance différents (COP), des puissances produites différentes et des durées de vie des électrodes différentes.
Il n'en demeure pas moins que ces démonstrateurs fonctionnent et tendent à démontrer la validité du principe physique mis en oeuvre, mais aussi que ce principe autorise une production d'énergie supérieure à celle qu'il faut fournir à l'appareil pour initier la réaction et la maintenir. C'est ce que les anglosaxons appellent "overunity" et les français les dispositifs surunitaires.
Les français ne sont pas seuls à explorer cette voie, bien au contraire, notre pays a du retard (par rapport au Japon ou à l'Italie, par exemple). Cf la dernire conférence internationale sur la fusion froide qui s'est tenue au Japon en Décembre 2005.
Donc, pour répondre le plus précisemment possible à vos questions (en tenant compte des limites de ma connaissance du sujet):
1°) l'objet des démonstrateurs existants était de vérifier la reproductibilité des différentes expériences qui prétendaient depuis 1989 (Fleishman et Pons)obtenir une réaction de fusion à température ambiante ou modérée. Réponse : apparemment oui, mais sur le plan de l'explication scientifique du phénomène, il semble que personne n'ait encore établi qu'il s'agissait d'une réaction nucléaire;
2°) les démonstrateurs actuels sont reproductibles puisque, ne serait-ce qu'en France, des laboratoires ayant pignon sur rue l'ont vérifié, mais avec des résultats variables;
3°) la durabilité de la réaction paraît inversement proportionnelle à deux paramètres majeurs : la puissance produite et la durée de vie des électrodes.
4°) c'est là qu'intervient l'expérimentation de la mise en oeuvre de palladium à une échelle nanométrique qui pourrait optimiser ces deux paramètres.
D'où ma proposition :
> puisque se constitue depuis quelques années un faisceau d'indices permettant d'espérer que cette technologie pourrait fonctionner et que ses enjeux ne sont pas négligeables (euphémisme),
> que ces premiers résultats ont été obtenus en ne mobilisant que d'infimes moyens de recherche publique,
> que pour accéder à un stade de R&D suffisamment élaboré pour autoriser l'évaluation des chances d'aboutir à des applications industrielles, il convient d'y consacrer d'avantage de moyens de recherche publique et/ou privée,
> il devient opportun pour la France de prendre cette technologie en considération et d'y affecter des moyens supplémentaires, sans pour autant bousculer l'ordre d'affectation des crédits consacrés au domaine des technologies de l'énergie.
Pour mémoire, l'unité d'évaluation des crédits dédiés à la fusion chaude est le milliard d'€.
Celle du projet CNRS/CNAM, le kilo €.
Si l'Etat français investissait ne serait-ce qu'un million d'€ dans la fusion froide, serait-ce hérétique ?