Objectifs, périmètre, modalités du débat


Mots-clés : organisation

Sciences et Démocratie anime sur ce site, de septembre à décembre 2010, un débat sur la culture scientifique et technique. Quelles sont les raisons qui nous ont poussé à initier ce débat ? Quelles sont les modalités proposées ? Quels seront les sujets traités ? Qui peut contribuer ? La réponse à ces questions devraient se trouver ci-dessous. Sinon, n'hésitez pas à demander !

Pour ceux qui l'ont déjà lu, le texte ci-dessous est une reprise de l'appel à contributions que nous avons lancé début août 2010.

Les motivations

Le 15 janvier dernier, François Fillon déclarait* « L'une des grandes responsabilités est de rétablir un lien de confiance entre la science et la société, et de mieux articuler la notion de progrès à la complexité des attentes de nos concitoyens. Et c'est là que la diffusion de la culture scientifique a tout son rôle à jouer, afin de conjurer les peurs irrationnelles, de promouvoir une vision de la science comme source de responsabilité et de liberté, et de rendre plus attractifs les métiers qui lui sont attachés. ». Si c'est là l'idée que nos politiques se font des effets de la culture scientifique et des causes des oppositions aux nouvelles technologies, ils se préparent des lendemains difficiles.

Le lien de causalité entre le manque de culture scientifique et les manifestations de rejets envers les sciences et les technologies, formalisé sous le vocable de « deficit model », correspond en effet à une vision simpliste et obsolète des motivations qui animent ces mouvements. Dans le cas du récent débat national sur les nanotechnologies, les personnes à l'origine du mouvement anti-nano qui a empêché le débat dans plusieurs villes sont bien plus au fait du sujet que la très grande majorité des Français. Mais les adeptes du « deficit model » sont encore nombreux parmi l'élite de la nation, non seulement chez les politiques mais aussi dans le monde de la recherche. On les trouve aussi logiquement parmi les acteurs de l'éducation populaire.

Et paradoxalement, si une connaissance minimale était nécessaire pour participer au débat public, pourquoi les chaînes de télévision publique n'ont-elles pas contribué à y préparer la population ? Tandis que le débat national se déroulait du 15 octobre 2009 au 23 février 2010, c'est seulement le 9 mars 2010 qu'a été diffusée la soirée spéciale consacrée par France 5 aux nanotechnologies. Et le sujet faisait finalement son apparition au 20h de TF1 le 20 mars.

Ensuite, les programmes de diffusion de la culture scientifique et technique (CST) soutenus par les institutions depuis quelques années maintenant ont-ils eu l'effet positif attendu sur le problème de la désaffection des filières scientifiques et de la crise des vocations en science ? Cela reste à prouver. Une note du Conseil d'analyse de la société intitulée Les jeunes et la science. Faire face à la crise des vocations scientifiques (mars 2007) et signée par Etienne Klein et Claude Capelier* parle d'un « échec relatif » de la vulgarisation.

Dans ces conditions, à quoi sert la culture scientifique aujourd'hui ? Quels en sont les enjeux ? Quels changements encourager ?

C'est face aux assertions évoquées en introduction et aux interrogations qu'elles soulèvent que Sciences et Démocratie a souhaité animer ce débat. Nous espérons des échanges fructueux pour partager nos réflexions et questionnements, afin d'y voir plus clair entre vrais enjeux et idées fausses, pour participer à la diffusion des réflexions récentes des spécialistes de la CST, pour permettre à ces derniers de dialoguer avec des publics peut-être éloignés de la culture scientifique... et, de cette manière, contribuer à notre niveau aux évolutions en cours.

Les sujets abordés

Voici les sujets de discussion que nous proposons de traiter. C'est une base que nous vous proposons mais qui pourra évoluer en fonction des sujets que vous jugerez pertinents, des questions nouvelles qui pourront émerger des discussions...

  • Vulgarisation, communication, médiation, animation, de quoi parle-t-on ? Quels métiers correspondent à ces différentes activités ? Où s'exercent-ils ? Cette partie appelle plutôt la contribution d'acteurs de la CST pour composer des définitions proches du terrain.
  • Quels sont les enjeux de la CST ? Différents sujets à débattre : Le "deficit model" est-il totalement disqualifié ? Quel impact des programmes de CST sur la crise des vocations scientifiques ? Mieux connaître le monde de la recherche, pour quoi faire ? ...
  • Le niveau de culture scientifique et technique de la population : quel est-il ? Comment le mesurer, l'évaluer ?
  • Un état des lieux de l'offre de CST en France : qualités, insuffisances ? Ce sujet sera l'occasion d'écouter les citoyens consommateurs ou non de CST sur ce qu'ils pensent de l'offre de CST en France aujourd'hui, à l'échelle nationale, locale... et sur leurs attentes.
  • Le débat comme outil de la CST : vertus, risques, compétences requises, approches, exemples de réalisations. A quoi sert par exemple d'organiser des débats en classe, des TPE, sur les nanotechnologies, les OGM... ?
  • Quel rôle des chercheurs dans le développement de la culture scientifique ? Conditions requises ?

Nous avons déjà programmé la publication d'une partie de ces sujets. Consultez l'état d'avancement du dossier ou contactez-nous si vous souhaitez nous proposer un article.

Les contributions attendues

Nous recherchons :

  • des articles pour constituer le dossier qui servira de support au débat en ligne (des articles déjà publiés sous licence Creative Commons permettant leur reproduction seront acceptés, la paternité en sera respectée) -> voir l'état d'avancement du dossier
  • des partenaires (universités, écoles, associations, CCSTI ...) participant au débat en ligne
  • des partenaires relayant le débat auprès de leurs publics pour assurer une participation large
  • des partenaires contribuant à financer l'opération (un budget prévisionnel pourra être communiqué sur demande aux personnes et organisations intéressées)
  • des partenaires accueillant des débats locaux sur le même thème (articulation des actions à discuter)
  • un partenaire pour accueillir un événement de restitution du débat

Les partenaires seront mentionnés sur la page Partenaires et, pour les plus importants contributeurs, dans un bloc sur le côté des artciles.

Enfin, Sciences et Démocratie acceptera avec plaisir tout volontaire pour préparer et animer ce débat (relation partenaires, animation des discussions en ligne, synthèses...).

Pour toute questions, contactez-nous par mail à "contact arobase sciences-et-democratie.org" ou en appelant Philippe Bourlitio par téléphone au 06.61.20.50.54.

Débouchés

Ce projet a pour but de :

  • établir un diagnostic partagé sur les enjeux de la CST, sur l'offre existante et les besoins à satisfaire, réfléchir sur les pratiques
  • éclairer les jeunes souhaitant s'orienter vers les métiers de la culture scientifique (de façon anecdotique mais représentative du flou actuel, la page métiers de la CST sur wikipédia est actuellement au stade d'ébauche)
  • identifier les politiques à promouvoir ou à créer
  • diffuser les fruits de ce travail collectif

Calendrier du projet

5/08/2010 - lancement de l'appel à contributions
15/09/2010 - date limite d'envoi des textes
20/09/2010 - lancement du débat en ligne : ouverture d'un dossier sur www.sciences-et-democratie.net incluant les contributions reçues, animation du débat en ligne, synthèses, ouverture de nouveaux sujets liés si nécessaires en cours de processus et articulation possible sur des débats en salle chez les partenaires
17/12/2010 - fin du débat en ligne, préparation de la synthèse du débat
10/01/2011 - diffusion des conclusions et des recommandations identifiées
à préciser - événement de restitution

Le porteur du projet

L'association Sciences et Démocratie, promoteur de la participation citoyenne aux débats publics sur les questions science société depuis 2005, défend la nécessité de donner aux citoyens une préparation qui leur permette d'intervenir de façon efficace dans les débats publics (principe fondateur des conférences de citoyens également). L'association soutient toutefois que le mouvement anti-nano n'est pas le fait d'un manque de culture scientifique et a porté ce message dans le débat national sur les nanotechnologies. L'association anime des débats en ligne depuis janvier 2006 sur www.sciences-et-democratie.net.

En savoir plus sur l'association

A noter également

  • Le manifeste Révoluscience, lancé par l'association Atomes Crochus, l'association Paris Montagne et le groupe Traces expose et met en discussion une série de propositions pour rénover la médiation scientifique
  • Vient de paraître la synthèse de l’enquête Sciences, communication & société menée par l’ISCC (Institut des Sciences de la Communication du CNRS) et l’INIST (Institut de l’Information Scientifique et Technique du CNRS) en 2008.
  • Le forum territorial de la culture scientifique et technique organisé par Universcience se tiendra le 28 septembre 2010 à la Cité des sciences et de l'industrie.

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* C'était à l'occasion de l'installation de la nouvelle équipe du Haut Conseil de la Science et de la Technologie (HCST), instance créée en 2006 et chargée « d'éclairer le Gouvernement sur toutes les questions relatives aux grandes orientations de la nation en matière de politique de recherche scientifique, de transfert de technologie et d'innovation ».

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Commentaires

Exprimez-vous ! L'association Sciences et Démocratie se bat pour donner la parole aux citoyens dans les débats « science société ». Vos messages renforceront notre motivation.

Re: La culture scientifique et technique en débat - Appel ...

Bonjour,

Je pense que cette vision de cette "élite" autoproclamée française sur la science témoigne de son propre déficit.
Je vous invite à réfléchir sur le fait qu'en France, contrairement aux autres pays, les scientifiques ne sont pas désignés sous ce terme, mais celui de chercheur. Ce qui soulève les plaisanteries habituelles (chercheur qui cherche, etc..).
Dans l'imaginaire de cette "élite", le chercheur cherche dans la direction que lui ont assigné les décideurs, l'administration, etc..., guidés par un autre personnage de l'imaginaire de cette "élite" : le savant. Le savoir coule du sommet vers l'exécutant (le chercheur) qui a des fonctions d'ingénieur chargé de mettre en application les instructions de ceux qui décident.
La science n'a pas sa place dans cette société hiérarchique. La notion Popperienne que la remise en cause des connaissances est constitutive de la science ne peut imprégner une telle société. Les faits nouveaux n'ont pas le droit de perturber l'ordre hiérarchique. L'expert, une fois désigné par les élites appropriées, ne peut être mis en tort par les faits. S'il a tort, c'est qu'on a désigné le mauvais expert. Mais s'il conserve le soutien de l'"élite", alors, ce sont les faits qui ont tort.
Si un expert en éthique (Axel Kahn, dans le cas présent) se fait rémunérer par l'entreprise qu'il vient de favoriser, son avis reste toujours pertinent: il reste un expert en éthique (et dans tous les domaines où les médias viennent l'interviewer). Rien ne viendra perturber l'ordre des choses.

Peut-on réenchanter le monde sans la science ?

Quand dans les années 70 j'ai abordé la mécanique quantique, j'en ai assez vite été dégoûté par mon prof de l'époque qui privilégiait son aspect utilitaire et nous assommait d'équations. Ce n'est que plus tard, par des lectures personnelles, que j'ai découvert les questions philosophiques, voire métaphysiques, qui avaient été posées dès l'origine par les pères de la théorie, et que la mécanique quantique a commencé à m'intéresser vraiment, malgré sa difficulté.

Après la confirmation expérimentale du paradoxe EPR, il apparait maintenant que ces questions, loin d'être en marge de la science, remettent en cause ses fondements et contribuent à une meilleure compréhension de l'univers.
On pourrait dire la même chose au sujet de la cosmologie, de l'astrophysique, de la biologie...

Si une certaine manière d'enseigner la science a contribué et continue à désenchanter1 le monde, pourquoi s'étonner que la culture scientifique n'attire plus ? La science ne peut-elle pas contribuer à réenchanter le monde, à tout le moins à rendre plus lisible l'évolution dont nous sommes à la fois le résultat et les acteurs ?

Dans un récent supplément mode du Monde (si, si...), l'ethnologue Marc Augé met en relief une "crise des fins" liée au décalage croissant entre le progrès des sciences et l'inculture scientifique de la grande masse.

La question des fins dernières est abandonnée aux divagations parfois meurtrières des sectaires et des fous. (...)
Peut-être admettrons-nous un jour qu'il n'y a pas d'autre finalité pour les humains sur Terre que d'apprendre à se connaître et à connaître l'univers qui les entoure - tâche infinie qui les définit comme humanité à laquelle et de laquelle chacun d'entre eux participe.
Nous vivons à l'envers, nous marchons sur la tête. Il n'est en effet pas déraisonnable de penser que, si nous décidions de tout sacrifier à l'éducation, à la recherche et à la science (...), nous aurions les emplois et la prospérité en plus.

(Fin de la crise, crise des fins, supplément M du Monde du 9 sept 2010, p 46-47)

  1. En écho au titre du livre de Marcel Gauchet, Le désenchantement du monde

Re: Peut-on dominer le monde sans la science ?

La Chine a bien compris que l'essor de leur économie passait par le développement de l'éducation et de la culture scientifique. C'est ce que confirme Stéphane Grumbach, chercheur à l'Inria à Pékin (Le Monde 12/11/10) :
« Les grands laboratoires seront à terme chinois, et pas seulement américains ou européens. En Chine, les sciences sont un enjeu politique. Il n'y a pas un journal télévisé où les plus hautes autorités ne sont pas montrées en train de visiter une installation technico-scientifique. Les enfants brillants font des sciences alors qu'aux Etats-Unis ils feraient du droit, plus rémunérateur ».

...et qui fait se lamenter Michel Serres (Le Monde Mag 6/11/10) :
« Que voulez-vous faire d'un occident qui n'aurait plus de sciences ? C'est là-dessus que nous vivons depuis déjà trois siècles ! Les jeunes ne font plus que des métiers de commerce et de services ».

Re: La culture scientifique et technique en débat - Appel ...

- Dans cette présentation, Philippe n'aborde pas un point qui me paraît pourtant en l'occurrence capital, c'est la différence entre science et scientisme, c'est le lien non apparent entre "recherche/savoirs" et "politique" : c'est dans le déficit démocratique des décisions à caractère scientifique, plus que dans le "déficit model", qu'il faut mon avis aller chercher les causes des soupçons et des craintes du public.

Le public est effectivement de plus en plus informé et conscient. Il s'intéresse à la science mais il sait aujourd'hui combien une mauvaise utilisation de cette science, de même que l'affirmation de sa suprématie voire de son exclusivité en terme de connaissance, peuvent être néfastes pour chacun de nous.

Ce n'est pas la science que craignent les gens mais les personnes, les institutions et les intérêts qui en détiennent le contrôle sans que soient réellement pris en compte les besoins des gens et les autres approches du savoir. Quand on voit les effets très pervers que peuvent avoir les intérêts industriels et corporatistes, par exemple dans le domaine de la santé, on a la peur ou la rage. Ou, pour parler de moi, on milite, de façon souvent donquichottesque, pour la promotion des alternatives et la dénonciation des intérêts masqués...

- La question sur l'intervention de la TV : elle peut être analysée en soi : qui informe, de quoi, comment et pourquoi ? Médiatiquement, la science intéresse surtout par ses aspects spectaculaires et émotifs: menaces, espoirs, émerveillement, etc., rarement par ses aspects cognitifs ou politiques au sens profond du terme...

Très rares sont les chaînes, très rares sont les domaines scientifiques dans lesquels la TV fait un vrai travail de prévention, de mise en perspective, d'organisation du débat dans un but autre que de faire du buzz grâce à l'exploitation des polémiques...

Il faut avant toute chose susciter la soif de connaître, enseigner le plaisir de débattre, la curiosité et le respect de l'autre, l'argumentation critique, la capacité à écouter les critiques de soi, la joie de penser par soi-même... tant qu'on n'a pas commencé par là, les débats constructifs sont quasi impossibles.