Une appellation « nano » pas toujours méritée

Nano art: a camel through the eye of the needle

Des voix se font entendre pour dénoncer l'emploi souvent abusif de l'étiquette « nano » pour faciliter l'obtention de crédits de recherche ou pour contester le nombre de 700 nanoproduits recensés sur le marché américain en 2005. Ainsi, il a été souligné que la seule échelle nanométrique ne doit pas suffire à définir le caractère « nano », qu'avant tout doit être retenu le changement des propriétés physiques qu'un corps va subir en dessous d'une certaine taille - elle-même variable selon les corps. Une clarification est aussi nécessaire sur la place des phénomènes quantiques. Pour une meilleure compréhension des enjeux des nanotechnologies, il conviendrait de s'entendre d'abord sur cette terminologie et ce qu'elle recouvre. Nous vous proposons d'en débattre ici.

Selon vous, quels objets méritent l'appellation « nano » ? Sur quel(s) critère(s) : la taille nanométrique (une simple miniaturisation suffit) ou l'apparition de propriétés inédites en dessous d'une certaine taille (pas nécessairement nanométrique) ? Qu'en pensez-vous ? N'hésitez pas à soumettre à la question des projets où l'emploi de l'étiquette « nano » vous paraît abusif.

Commentaires

Exemple

Le texte qui suit est tiré du compte rendu du Café du Vivant du 09 mars 2006, dont le thème était « Nanodéfis pour l'énergie : quels développements durables et équitables ? » :

« Michael Graetzel considère qu'il faut être très prudent quand on utilise le mot « nano » parce que c'est à la mode et que cela peut rapporter des financements. On renomme des choses déjà connues comme la catalyse des piles à combustibles. Les catalyseurs accélèrent une réaction chimique. Ce sont des nanoparticules (des particules de platine par exemple pour les piles à hydrogène) mais le phénomène est connu depuis longtemps. Autre catégorie : dans le domaine des cellules photovoltaïques au silicium amorphe. Le mot « nano » y est apparu par pur opportunisme : les cellules micromorphes, sont devenus nanomorphes.

En revanche des travaux exploitent véritablement la nanodimension. Ainsi en est-il du développement de cellules solaires nanocristallines, qui utilisent des matériaux nanoscopiques pour développer des structures qui peuvent absorber la lumière du soleil, avec un très haut rendement, en utilisant des chromophores (des composés colorants) qui sont greffés à la surface des nanoparticules et augmentent l'absorption. Avec les chromophores qui utilisent la lumière, on peut parler de nouvelles propriétés : c'est la nanodimension qui fait marcher le système. Là, c'est une révolution parce que les nanos ont permis de faire émerger de nouveaux systèmes de conversion de l'énergie solaire. De même, dans le domaine des batteries et des piles secondaires. »

Source : http://www.vivagora.org/IMG/pdf/VivAgora_CR090306.pdf

Nanomatériaux et nanoparticules

Bonsoir,

Je pense qu'il faut faire une distinction entre nanomatériaux et matériaux composés de nanoparticules.
Le risque éventuel lié aux nanoparticules est évident : leur très petite taille leur permet de pénétrer très facilement dans l'organisme (voie cutanée, aérienne), et suivant leur nature y induire des réactions plus ou moins délétères.
En revanche, il existe des matériaux qualifiés de nanomatériaux qui ne doivent leur nom qu'à leur structure intime, et non pas à leur morphologie. Je prends l'exemple de matériaux utilisés dans des accumulateurs lithium-ion, qui sont des alliages Si/Fe ou Si/Ni. Ils sont obtenus sous forme de poudres très fines (néanmoins micrométriques et donc sans rapport avec les nanoparticules) par un procédé de mécanosynthèse. Le résultat est une structure cristallographique particulière, avec des phases nanométriques des deux composants initiaux, qui confère une capacité de stockage d'ion lithium supérieure aux alliages obtenus par les techniques habituelles (fusion principalement).
L'éventuel risque d'un tel matériau ne se situe pas au niveau de la présence de nanophases au sein d'une particule de grosse taille, mais au niveau de la réactivité chimique de ses composants (en particulier la présence de métaux lourd), risque existant de toute façon même s'il s'agissait d'un lingot.

La biologie a-t-elle encore le droit d'exister ?

Dans un article du Monde daté du 09 décembre et intitulé "L'armure des soldats du XXIe siècle sera nanotechnologique", on peut lire :

"Dans des expériences faites sur des animaux, des chercheurs de l'Institut ont trouvé un moyen d'arrêter les saignements, même importants, en quelques secondes : un liquide composé de fragments de protéines (peptides) est appliqué sur la blessure ouverte. Ces nanoparticules se combinent, forment une barrière et jugulent l'hémorragie."

L'auteur désigne par "nanoparticules" des molécules d'origine organique. Ce que j'aurais classé en biochimie se retrouve ainsi érigé en Nanotechnologie.

Voilà comment on colle l'étiquette "nano" partout, occultant dans la plupart des cas la disclipline originelle. Tous ces termes nano-quelque-chose deviennent finalement de grands fourre-tout.

Depuis 1975, avec l'avènement du génie génétique, on a développé l'utilisation de molécules biologiques, les enzymes, pour manipuler l'ADN en éprouvette. Depuis plus longtemps encore, on est capable de fabriquer des molécules qui intéragissent avec celles de notre organisme : les médicaments. Les premiers médicaments de synthèse ont d'ailleurs plus d'un siècle. Or ces molécules sont toutes de taille nanométrique. Dès lors, doit-on aussi considérer les biotechnologies et la pharmacologie comme des domaines pionniers des nanotechnologies ?

Si c'est le cas, je ne vois pas pourquoi certains s'inquiètent d'une prochaine convergence NBIC (entre nano- bio- info- et cogni-sciences)* : il ne pourra pas y avoir convergence, car tout est déjà nano !

* voir http://www.vivantinfo.com/index.php?id=141

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