L'expérimentation animale


Mots-clés : expérimentation animale
Please Release Me...

Un macaque, la boîte crânienne ouverte, des électrodes plantées dans le cerveau, le visage grimaçant reflétant douleur et incompréhension. C'est une image que nous avons tous vu, une image dérangeante pour la plupart d'entre nous, que les associations anti-vivisection ont véhiculé pour mobiliser l'opinion pour leur cause. Les médias ont aussi relaté les descentes dans les laboratoires de bandes de militants prêts à en découdre pour libérer ces pauvres bêtes, agissant aux yeux des chercheurs en véritables faucheurs de résultats.

Aujourd'hui, par ces actions, les grands singes sont en passe d'être protégés de l'expérimentation, en Europe. Mais la lutte ne concerne évidemment pas uniquement nos proches parents dans l'arbre généalogique des espèces. Les mammifères dans leur ensemble, parce qu'ils nous sont familiers, ont aussi droit à leurs défenseurs.

Pourtant, il n'est pas question d'expurger les laboratoires de recherche de tout cobaye. Leur présence est nécessaire : dans le domaine pharmaceutique par exemple, les tests sur les animaux sont un préalable exigé dans la plupart des règlementations. Et l'on comprend bien pourquoi : ils permettent de définir, pour les essais sur l'Homme, des protocoles acceptables. Qui serait volontaire pour tester au risque de sa vie une nouvelle substance dont on n'aurait jamais mesuré les effets ? Faut-il donc mettre un terme à l'industrie pharmaceutique ? Au dire de quelques uns, ce ne serait pas un mal. Mais les expérimentations animales ne servent pas qu'à produire des médicaments. Les produits chimiques aussi ont droits à leur lot de tests. La jeune règlementation REACH, qui impose de déterminer le niveau de toxicité des produits déjà sur le marché, s'annonce très consommatrice de cobayes en tous genres.

La santé publique a un prix. La question à laquelle il convient de trouver une réponse est donc : comment réduire ce prix ? L'effort peut porter sur le bien-être animal comme c'est le cas dans les élevages et jusque dans les abattoirs. On peut espérer que ce travail a déjà été fait. Les recherches sur les alternatives à l'expérimentation animale sont certainement l'étape suivante : tests sur cultures de cellules, simulations informatiques... Où en sommes-nous aujourd'hui ? Nous ouvrons cet espace de dialogue dans l'espoir qu'il lèvera les incompréhensions mutuelles qui font de l'expérimentation animale un sujet de souffrance sociale.

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Commentaires

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Re: L'expérimentation animale

Bonjour. La question de l'expérimentation animale me dérange profondément. Pourtant, elle permet de développer des méthodes de traitements géniaux... Il n'est pas un secret que les animaux de laboratoires sont génétiquement modifiés pour devenir des "profils intéressants"... Parfois de l'ADN humain est injecté dans les animaux de laboratoires. Je me demandais si, puisque les animaux continuent d'êtres utilisés comme "cobbayes", il ne serait pas possible de désactiver chez ceux-ci le gène de la douleur, par exemple pour les animaux chez lesquels le cancer a été sciemment provoqué. Ces pauvres bêtes souffrent physiquement, et il est clair que leur profil génétique n'est pas de toute façon identique au nôtre.

Re: L'expérimentation animale

Cette question m'interroge également. Néanmoins, je ne vois pas comment faire avancer la connaissance sur le vivant sans cette recherche avec des animaux. Vous parlez de coréer des animaux transgéniques qui ne souffriraient pas. Encore faudrait-il pouvoir caractériser la souffrance : physique, psychologique..... il n'y a pas de frontière même chez l'animal. Il s'agit de bien-être sur lequel les scientifiques sont partagés.

La règle des 3 R

Je viens de découvrir Belles plumes, un blog qui cherche à "Définir le lien entre l'homme et l'animalité: son aspect philosophique, politique et scientifique". Il y aura certainement des choses intéressantes à lire là pour alimenter notre réflexion.

En voici un échantillon. L'auteur rappelle, dans un texte sur l'éthique animale, la règle des 3 R :
"Remplacer, Raffiner, Réduire : D'après ce principe, tout scientifique dont la recherche fait appel à l'expérimentation animale a pour obligation morale de veiller, autant que faire se peut, à recourir à des techniques autres que l'expérimentation animale grâce à des méthodes dites alternatives (Remplacer) , employer les procédures les moins traumatisantes possible (Raffiner) et utiliser le nombre minimal d'animaux, mais suffisant, permettant de répondre à l'hypothèse posée (Réduire)".

Pour en savoir plus sur la règle des 3 R, lire cet article de l'INSERM.

N'hésitez pas à signaler d'autres contenus que vous aurez jugés intéressants...

Re: La règle des 3 R

La règle des 3R est une version simplifiée (et d'apparence rationnelle) de l'éthique utilitariste. Ainsi, plutôt que de rapporter les coûts (en terme de souffrance animale et de vies perdues) aux bénéfices escomptés (progres de la connaissance et amélioration du bien-être des animaux et des hommes), il serait plus aisé de s'assurer que le nombre d'animaux utilisés dans une expérience est nécessaire et suffisant au progres de la connaissance.
A trop simplifier, on oublie rapidement les grands principes de l'utilitarisme. A savoir que chaque être sensible inclus dans le périmètre moral compte pour un et qu'il doit être assuré d'être traité équitable. Par ailleurs, le principe éthique implique qu'il y aura quelques sacrifiés au bénéfice du plus grand nombre. Or, il ne vous a sans doute pas échappé que, dans l'expérimentation animale, les couts sont payés par les animaux et les bénéfices attendus profiteront aux êtres humains. C'est pourquoi il est indispensable d'assortir le principe utilitariste d'une éthique du droit. Quel droit ? Pour qui ? Je vous renvoie a "Belles Plumes".
Au bout du compte, la question est de savoir comment protéger les animaux de souffrances inutiles. Pour ce faire, est-il indispensable de leur accorder des droits (juridiques) ? La question comporte des risques (pour les hommes incapables d'exercer leurs droits notamment).
N'y a t il pas déja matière a réflechir sur la mise en application de la loi telle qu'elle existe ?

Tchat: Peut-on se passer de l'expérimentation animale ?

"Alors que La directive européenne relative à la protection des animaux utilisés à des fins expérimentales est en train d’être révisée, soulevant passions et controverses, l’heure est venue de faire un point. Quelles sont les méthodes alternatives disponibles ? Que permettent-elles de faire? Quels sont leurs avantages et leurs limites ?

Mardi 19 mai, sur son site Internet, le magazine scientifique La Recherche créé le débat. Marc Feuilloley, Professeur à l'université de Rouen, membre du pôle de compétitivité Cosmetic Valley, responsable du plateau technique de Toxicologie Alternative du Centre Normandie Sécurité Sanitaire, répondra aux questions des internautes de 15h à 16h30 lors d'un chat en direct. Vous pouvez dès maintenant poser vos questions sur www.larecherche.fr."

Re: L'expérimentation animale

« Les recherches sur les alternatives à l'expérimentation animale sont certainement l'étape suivante : tests sur cultures de cellules, simulations informatiques... »

Les alternatives ne sont pas possible à partir du moment où est au niveau de l’intégré. Comment voulez vous étudier la schizophrénie, la douleur ou la, très à la mode, maladie d’Alzheimer sur des cellules ? L’animal est nécessaire et obligatoire dans ce cas. C’est à nous de faire en sorte qu’ils ne souffrent pas durant les tests et leurs vies en laboratoire.

Mais qu’on ne vienne pas demander que le progrès médical avance (qui n’a pas pris d’antidouleur en cas de forte douleur ? qui n’est jamais aller chez le médecin lors d’une pneumonie, angine etc ? qui ne souhaite pas qu’un remède aux maladies soit découverts ?) sans sacrifice.

Appel à contribution de chercheurs

Dans son commentaire ci-dessus, Helran nous donne quelques exemples de domaines de recherche où l'expérimentation animale ne peut être évitée. C'est une bonne idée pour faire avancer la discussion. Si vous visitez son blog, vous verez qu'Helran commence une thèse en neurophysiologie de la douleur. Je vous invite d'ailleurs à lire son billet, plus complet, sur ce sujet. Merci de ta contribution, Helran !

Chercheurs, techniciens de laboratoire, si vous passez par ici, merci de témoigner à votre tour, que vos recherches fassent appel à l'expérimentation animale ou à des méthodes alternatives, en nous en expliquant les atouts et les limites.

Il serait également intéressant de connaître l'état de la réglementation en la matière. Y a-t-il des choses à creuser de ce côté-là, ou tout va-t-il pour le mieux dans le meilleur des mondes ?

Re: L'expérimentation animale

L'une des principales raisons qui m'a fait quitter la France pour faire mes études de Biologie était l'absence totale de cours ou d'information sur les méthodes alternatives et les sanctions pour refus de réaliser les expérimentations sur animaux vivants. A l'époque j'ai su qu'une étudiante vétérinaire belge avait eu gain de cause en la matière. Je suis donc allée faire mes études de Bio en Belgique il y a 15 ans. Le programme des cours mentionnait clairement "y compris les méthodes alternatives". Méthodes que nous n'avons hélas jamais vu... Mais toujours est-il que le refus de l'expérimentation/apprentissage sur des animaux vivants était mieux accepté et surtout ces mêmes expérimentations étaient très limitées pour ce qui est de l'enseignement. Je n'ai eu aucun problème à refuser la seule que nous ayons fait sur des animaux vivants (système cardiaque chez le rat) dans ma section (organismes et population).

On m'a également fourni (mais j'ai du insister) une brochure très bien faite intitulée Développement et stratégie pour les méthodes alternatives à l'expérimentation animale en Belgique de la plate-forme belge pour les méthodes alternatives

Je vous invite à consulter

l'article Vers une meilleure science ? - du Portail de la Recherche et des Technologies en Région wallonne : http://recherche-technologie.wallonie.be/xml/index.html?IDD=1469

les documents de la PBMA http://www.fondation-prince-laurent.be/francais/plaform_publi.asp

ainsi que le site
ecopa - european consensus-platform for alternatives - http://www.ecopa.eu/

Quelles sanctions risque un étudiant en cas de refus ?

Encore un témoignage intéressant. Merci Raffa ! Sais-tu quelles sanctions peuvent être prises, en France, aujourd'hui, contre un étudiant réfractaire ?

Re: L'expérimentation animale

Non je ne sais pas exactement, je pense que c'est non seulement variable d'une université à l'autre, mais aussi d'un prof à l'autre, mais globalement les TP sont obligatoires et on peut avoir des "points en moins" ou plus généralement un 0 pointé ou autres du style (en sachant que les TP comptent pour beaucoup dans les notes finales, 50% voire plus dans certaines matières en tout cas en Belgique), de même certaines expérimentations peuvent faire l'objet d'un examen. C'était le cas du système cardiaque chez le rat chez nous (TP et exam).

Heureusement, dans mon cas, il y avait un rat pour l'examen de 5 à 6 étudiants voire plus (selon sa survie, détail sympathique, remarque nous n'étions qu'une dizaine d'étudiants à ce stade de mon cursus), chacun passant à tour de rôle. Je ne pouvais par contre pas ne pas passer cet examen. J'ai eu la chance de ne pas passer en premier, expliqué mon refus de manipuler et démontré que cela ne m'empêchait en rien d'interpréter. J'ai eu mes points. Mais cela dépend tout de même du "bon vouloir" de l'examinateur.

Précision : le rat était anesthésié et sacrifié en fin d'expérimentation. Les rats destinés à ces TP/exam étant les rats "trop vieux" issus de l'animalerie de l'université.

Certains étudiants sont également contre les dissections et là, je ne vois pas vraiment comment ils peuvent s'en sortir... à moins de faire biologie végétale.

Pour ma part, je considère les dissections comme importantes pour un zoologiste (tout comme pour un vétérinaire ou un médecin). Les vidéos et autres logiciels ne permettant pas d'acquérir les gestes nécessaires (pas si facile de disséquer "proprement" cela s'apprend par l'expérience et un zoologiste peut être amené pour ses recherches à disséquer un animal sauvage mort, par exemple pour déterminer son régime alimentaire). Reste à savoir d'où proviennent ces animaux (dans notre cas, poissons provenant de la pêche, "parties" de mammifère venant d'abattoirs, pigeons et autres animaux morts ramassés par le personnel de la ville, malades ou surpopulation de l'animalerie etc.)

Je ne sais ce qu'il en est en France, mais en Belgique toute expérimentation sur animaux vivants, que ce soit pour l'enseignement ou la recherche, doit faire l'objet d'une autorisation d'un comité de bioéthique.

Un lien supplémentaire

témoignage : Spirit of Compassion: Quand filière biologique et Véganisme ne s'accordent pas - http://spiritcompassion.blogspot.com/2009/02/quand-filiere-biologique-et...

Rapport parlementaire sur l'expérimentation animale : votre avis

Le 9 décembre 2009, l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) a remis un Rapport sur l’expérimentation animale en Europe, sous-titré "Quelles alternatives ? Quelle éthique ? Quelle gouvernance ?".

Quelqu'un en connaît le contenu ? Vous en avez pensé quoi ?

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