Quel rôle pour les politiques ?

Journées du CEDIS à Dijon

Les politiques doivent-ils rester neutres et se contenter d'arbitrer ou bien doivent-ils prendre position sur le fond des débats ?

Dans un article de la page Débats du Monde du 21 mai 2008 intitulé "Les OGM, querelle idéologique", Jean-Paul Oury soutient que le rôle des politiques n'est pas de trancher entre l'une des deux idéologies en présence, basées sur des visions opposées du rapport de l'homme à la nature, mais de leur permettre de coexister. Cette coexistence doit être organisée en prenant des mesures pour que le maïsiculteur OGM n'empêche pas le fermier bio de respecter son cahier des charges et en imposant l'étiquetage pour laisser le choix au consommateur.
Le principe de laïcité appliqué aux OGM, en quelque sorte !

Les politiques peuvent-ils s'en tenir à cette neutralité, sans prendre position sur le fond du débat ?

Commentaires

Re: Quel rôle pour les politiques ?

Les politiques doivent-ils prendre position et défendre certaines valeurs ou, à l'inverse, respecter les différentes positions existantes et assurer leur coexistence ? J'ai quelques difficultés à trancher. Les élus devraient sans doute défendre les valeurs auquelles ils croient eux-mêmes, partant du principe que c'est sur leurs prises de position qu'ils ont été élus. Le problème, c'est qu'un vote est un compromis. On adhère rarement à l'intégralité d'un programme. Sur une question particulière, l'élu peut être en décalage avec ses électeurs. Mais cette prise de position a-t-elle finalement une incidence sur la décision ? Prenons le texte de loi sur les OGM dont parle Jean-Paul Oury dans son article. C'est effectivement un bon exemple. Il s'agit de transposer les derniers points d'une directive européenne sur la dissémination des OGM datant de 2001. Dans un chat sur Le Monde le 18 avril, Nathalie Kosciusko-Morizet a qualifié le texte de "correct compte tenu des contraintes", en référence à la directive. Quand on sait que la France est menacée de lourdes sanctions financières pour le retard pris dans cette transposition (plus de 200.000 euros par jour de retard supplémentaire), le choix apparaît limité. La prise de position des uns et des autres a tout de même pu avoir une incidence à la marge : les amendements ont été nombreux.

Re: Quel rôle pour les politiques ?

Qui etes-vous? Présentez-vous sans oublier de mentionner le ou les lobby militaro-insdustriels qui vous financent? Pour ma par je suis un citoyen en alerte permanente et observe tous les jours que les pouvoirs de l'argent ont remplacé toute forme de démocratie sur cette planète. Plus vous serez intelligent pour noyer le poisson et vous enrichir plus votre société gagnera en bourse.La question des politiques sur les lois concernant les sciences doit rester à la faveur des politiques sans lequel la démocratie n'existe plus? Preuve est fait tous les jours que les lobbys gouvernent le monde actuellement et en particulier les sciences,les OGM, la biotechnologie, le brevetage du vivant. Quand le citoyen mettra en prison à vie la moitié des députés français, tous le sénat, le gouvernement actuel, les trois quart des grands dirigeants financiers et industriels? Ils ruinent la santé de cette planète et tue leur propre enfant ils ne méritent plus de vivre.

Re: Quel rôle pour les politiques ?

Les politiques doivent-ils rester neutres et se contenter d'arbitrer ou bien doivent-ils prendre position sur le fond des débats ?

Je ne pense pas qu'une personnalité politique puisse rester neutre.
Choisir un compromis entre des positions existantes - assurer leur coexistence - ou trancher est dans tous les cas une démarche non neutre.
A mon sens, le rôle du politique est justement des faire des choix (ce qui n'est pas le rôle du scientifique par exemple). Choix réalisés en fonction d'un ensemble de critères dont les données scientifiques ne sont qu'UNE partie.

Le rôle du personnage politique sera ensuite d'expliciter son choix en différenciant bien tous les aspects qui ont mené à son aboutissement :
-raisons éthiques et morales
-raisons économiques
-raisons politiques
-résultats scientifiques
-raisons sociales
etc...

A mon avis, on ne peut pas faire l'économie du choix, il n'existe pas de solution 'évidente' ou 'vraie' ou 'juste' dans l'absolu.
On ne peut pas non plus faire l'économie de l'erreur.
C'est d'ailleurs ce qui plombe (entre autres) les prises de décisions politiques.
Les personnes politiques n'ont pas à leur portée de moyen évident de décision (sinon, on n'aurait pas besoin d'eux, il suffirait de rentrer toutes les données dans un ordinateur, qui nous donnerait, moyennant un petit programme simple, LA réponse).

Une personne politique doit choisir, et ce faisant prendre le risque de faire des erreurs monumentales ... et le risque de faire évoluer les choses aussi ...

La personne politique qui me ressemble le plus va orienter son choix en fonction de critères politiques, éthiques, économiques, sociaux et moraux qui me sont proches.

En espérant qu'elle n'essaie pas de me faire croire qu'il s'agit de LA vérité ou DU moyen ....

Les politiques peuvent-ils rester neutres ?

Le débat sur les OGM n'est pas purement idéologique

C'est en partant du principe que le débat sur les OGM est purement idéologique, que Jean-Paul Oury en arrive à la conclusion que les politiques ne peuvent pas, donc ne doivent pas trancher. Le problème est que le débat n'est pas purement idéologique. Il est, c'est vrai, biaisé par des présupposés idéologiques, mais les faits objectifs ne manquent pas, même s'il reste encore beaucoup d'incertitudes ou d'inconnues.

Contrairement à ce que préconise JP Oury, le choix ne peut être laissé au consommateur, sa décision est plus lourde de conséquences que le simple choix d'un film au cinéma, elle n'engage pas que lui. C'est aux politiques de trancher, dans le sens de l'intérêt général, en se basant sur un large débat et en s'efforçant de limiter la part de l'idéologie et de l'irrationnel.

La liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres

L'attitude de neutralité n'est tenable que tant que le libre choix des individus ne risque pas de causer de préjudice aux autres ou à la société dans son ensemble.

Exemple de neutralité avec organisation de la coexistence : le tabac. Interdit seulement dans les lieux publics en France.
(Mais ce statu-quo ne porte-t-il pas préjudice à la société en faisant peser sur tous les coûts de santé induits par les fumeurs ?)

Exemple de non neutralité : le cannabis. Interdit en France.

Exemple de neutralité sans organisation de la coexistence : la viande.
La viande, non toxique (à dose raisonnable ...), est en vente libre en France et ailleurs. Et pourtant sa production induit des émissions très importantes de gaz à effet de serre dont l'impact climatique commence à peser très fort, surtout d'ailleurs sur les plus pauvres, faibles consommateurs de viande (Selon un rapport de la FAO, l'élevage est une source de GES plus importante que les transports, au niveau mondial - http://www.virtualcentre.org/en/library/key_pub/longshad/A0701E00.pdf).
A travers ce dernier exemple, on s'aperçoit que la majorité des produits de consommation courante font l'objet d'une neutralité bienveillante, sans organisation de la coexistence entre ceux qui en bénéficient et ceux qui en pâtissent ...

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