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Nanoparticules dans les cosmétiques et l’alimentation : que peut vraiment savoir le consommateur ?

Quinze ans après les premiers rapports d'associations de consommateurs, l'étiquetage des nanomatériaux reste un chantier inachevé. Entre la mention [nano] et l'interdiction de l'E171, que sait-on vraiment de ce que l'on met sur sa peau et dans son assiette ?

Par La rédaction ·Mis à jour le 22 juin 2026 à 0h07 ·5 min de lecture
Nanoparticules dans les cosmétiques et l'alimentation : que peut vraiment savoir le consommateur ?

En 2010, une association britannique de consommateurs tirait la sonnette d’alarme : des nanoparticules circulaient déjà dans les crèmes, les écrans solaires et les produits du quotidien, sans que personne ne puisse vraiment les repérer. Le débat portait alors sur la révision de la directive cosmétique européenne. Quinze ans plus tard, le cadre a changé, des interdictions sont tombées, une mention obligatoire est apparue sur les emballages. Et pourtant, la question de fond reste la même : face à une incertitude toxicologique persistante, le consommateur dispose-t-il vraiment de l’information nécessaire pour choisir ?

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La mention [nano], une promesse de transparence à demi tenue

Depuis l’entrée en vigueur du règlement européen 1223/2009 sur les cosmétiques, tout ingrédient présent sous forme nanométrique doit être signalé par la mention [nano], accolée à son nom dans la liste des composants. Sur le papier, c’est une avancée : le citoyen peut, en théorie, savoir qu’une crème solaire contient du dioxyde de titane ou de l’oxyde de zinc à l’échelle du milliardième de mètre.

En pratique, cette transparence reste fragile. La mention figure en caractères minuscules, au milieu d’une liste d’ingrédients déjà illisible pour le profane. Surtout, les contrôles révèlent régulièrement des manquements : en France, la DGCCRF a mené plusieurs enquêtes sur les produits solaires et constaté que la présence de nanomatériaux n’était pas toujours déclarée comme elle aurait dû l’être. Savoir qu’un ingrédient est « nano » ne dit d’ailleurs rien de sa dangerosité réelle : l’étiquette informe sans expliquer.

L’E171, le précédent qui a fait bouger les lignes

L’exemple le plus parlant pour le grand public reste celui du dioxyde de titane alimentaire, le fameux additif E171. Longtemps utilisé comme colorant blanc dans les bonbons, les pâtisseries industrielles et certains médicaments, il a été interdit dans l’alimentation au niveau européen par le règlement 2022/63, applicable depuis août 2022.

La raison ? L’Autorité européenne de sécurité des aliments n’a pas pu écarter un risque de génotoxicité, c’est-à-dire un possible effet sur l’ADN. La France, qui avait suspendu l’additif dès 2020, a reconduit cette suspension pour l’année 2026. Mais l’affaire ne s’est pas refermée pour autant : en 2025, des nanoparticules de dioxyde de titane ont encore été détectées dans des échantillons de lait humain, animal et infantile. Preuve que l’interdiction d’un usage ne fait pas disparaître la substance de notre environnement.

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Cosmétiques : la même molécule, deux régimes différents

Là où le débat devient déroutant pour le consommateur, c’est que le dioxyde de titane interdit dans l’assiette reste autorisé sur la peau. Dans les cosmétiques, il figure parmi les filtres solaires admis, sous conditions. Son usage sous forme nanoparticulaire est toutefois proscrit dans les sprays et aérosols, où le risque d’inhalation est jugé trop élevé.

Cette asymétrie n’est pas absurde : avaler une particule et l’appliquer sur l’épiderme n’exposent pas l’organisme de la même façon. Mais elle est difficile à expliquer, et elle alimente la défiance. D’autant que le Comité scientifique européen pour la sécurité des consommateurs a conclu, en 2024, qu’il n’était pas possible d’exclure un effet génotoxique pour la plupart des formes de dioxyde de titane utilisées en cosmétique. Le consortium industriel doit fournir des données toxicologiques complémentaires d’ici la fin 2026.

  • Interdit dans l’alimentation depuis 2022 (additif E171) ;
  • Autorisé dans les cosmétiques, mais interdit en sprays sous forme nano ;
  • Sous surveillance toxicologique renforcée jusqu’à fin 2026 ;
  • Toujours détecté dans des échantillons biologiques humains.

Informer face à l’incertitude : un exercice d’équilibre

Le cœur du problème n’est pas l’absence de réglementation, mais la gestion de l’incertitude. Les nanomatériaux ne sont pas « prouvés dangereux » ; ils ne sont pas non plus déclarés inoffensifs. Leur taille leur confère des propriétés nouvelles, parfois recherchées, parfois imprévisibles, qui rendent l’évaluation classique du risque insuffisante.

Dans ce contexte, informer correctement le consommateur ne consiste pas à lui imposer un verdict, mais à lui donner les moyens de comprendre. Une mention [nano] isolée ne suffit pas : il faudrait l’accompagner d’un accès clair à l’état des connaissances, aux avis des agences sanitaires comme l’Anses, aux raisons des restrictions. Le principe de précaution, souvent invoqué, n’a de sens que si le public sait pourquoi on l’applique. Une précaution opaque devient une injonction ; une précaution expliquée devient un choix éclairé.

Le consommateur, acteur ou spectateur de la science ?

Au-delà du cas des cosmétiques, c’est tout le rapport entre science, industrie et citoyen qui se joue ici. Quand une technologie progresse plus vite que la capacité à en mesurer les effets, la transparence devient un enjeu démocratique, pas seulement sanitaire. Le citoyen a le droit de savoir ce qu’il consomme, mais aussi de participer à la délibération sur ce qui est acceptable.

Les rapports d’associations de consommateurs, hier comme aujourd’hui, jouent ce rôle de contre-pouvoir : ils traduisent l’expertise en langage commun et obligent décideurs et industriels à rendre des comptes. Refuser cette information, ou la noyer dans des étiquettes illisibles, ce n’est pas seulement priver le consommateur d’un choix. C’est confisquer à la société le débat sur les risques qu’elle accepte de courir, et confier à quelques laboratoires une décision qui appartient à tous.

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