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50 citoyens tirés au sort pour réparer la défiance : ce que la science attend de la Convention citoyenne pour la démocratie

À l'automne 2026, cinquante citoyens tirés au sort siégeront à Lille aux côtés de parlementaires et de membres de la société civile pour adresser des préconisations aux candidats de 2027. Reste une question que la recherche pose sans détour : la délibération peut-elle vraiment réparer la confiance démocratique ?

Par La rédaction ·Mis à jour le 20 juin 2026 ·7 min de lecture
50 citoyens tirés au sort pour réparer la défiance : ce que la science attend de la Convention citoyenne pour la démocratie

Entre le 15 juin et le 15 juillet 2026, des numéros de téléphone composés au hasard ont commencé à sonner partout en France. À l’autre bout du fil, une proposition rare : siéger, à l’automne, dans la première Convention citoyenne pour la démocratie. Cinquante personnes tirées au sort, onze parlementaires transpartisans, une vingtaine de représentants de la société civile : une assemblée mixte inédite va plancher sur le mal qui ronge la République — la défiance — et adresser ses préconisations aux candidats de la présidentielle de 2027.

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Un dispositif précis, un calendrier serré

L’organisation a renoncé au flou des grandes messes participatives. Le tirage au sort, conduit par téléphone selon sept critères socio-démographiques, s’est tenu sur un mois, du 15 juin au 15 juillet 2026. Les sessions, elles, sont calées : quatre week-ends à Lille, les 12-13 septembre, 10-11 octobre, 14-15 novembre et 12-13 décembre 2026, dans les locaux de l’Atelier de Sciences Po Lille. La remise des propositions est attendue pour le début de l’année 2027, à quelques semaines du premier tour.

La composition est le vrai geste politique. Pour la première fois en France, une convention ne réunit pas seulement des citoyens anonymes : elle place côte à côte cinquante personnes tirées au sort, un parlementaire par groupe de l’Assemblée nationale — soit onze élus de sensibilités opposées — et une vingtaine de membres de la société civile. Trois chantiers structurent le travail : la fabrique de la décision publique, l’équilibre des pouvoirs et la représentation politique. Autrement dit, la démocratie se prend elle-même pour objet.

La défiance, un diagnostic devenu structurel

Le contexte n’est pas une humeur passagère. Abstention record, défaite annoncée de la parole publique, succession de crises politiques depuis la dissolution de 2024 : la confiance dans les institutions représentatives s’érode dans la durée, et pas seulement en France. Les enquêtes d’opinion mesurent depuis des années un soupçon généralisé envers les partis, le Parlement et la fonction présidentielle.

Face à ce constat, le pari de la convention est précis : si la défiance naît du sentiment de ne pas être entendu, alors faire délibérer des citoyens ordinaires sur les règles du jeu démocratique pourrait, à la marge au moins, recoudre le lien. L’idée n’est pas neuve, mais son application au fonctionnement même du régime — et non à une politique sectorielle — la rend singulière. C’est la première fois qu’un tel exercice vise directement la mécanique des pouvoirs plutôt qu’un thème comme le climat ou la fin de vie.

Ce que la recherche sait des mini-publics

Le tirage au sort n’est pas une lubie militante : il s’inscrit dans un mouvement documenté que l’OCDE a baptisé, dans un rapport de 2020, la « vague délibérative ». L’organisation y recense près de 300 processus délibératifs représentatifs analysés en détail, et un corpus de plusieurs centaines de cas à travers les pays membres depuis les années 1980, avec une accélération marquée autour de 2010. Assemblées citoyennes, jurys, panels : partout, des pouvoirs publics confient à des citoyens tirés au sort l’examen d’enjeux complexes.

Pourquoi le hasard plutôt que l’élection ? Parce qu’il produit une qualité que le vote ne garantit pas : la représentativité descriptive. Tiré au sort sur critères, un mini-public ressemble statistiquement à la population — diversité de revenus, d’âges, de territoires, de niveaux de diplôme — là où les arènes élues sur-représentent les plus dotés. La recherche en science politique a montré que cette composition modifie la délibération elle-même : confrontés à des informations contradictoires et à des pairs très différents d’eux, les participants déplacent souvent leurs positions, sortent des réflexes partisans et formulent des arbitrages qu’aucun camp constitué n’aurait osé.

L’OCDE a tiré de ces expériences des principes de bonne pratique : un mandat clair, une information honnête et pluraliste, un temps de délibération suffisant, une animation impartiale et, surtout, un engagement des autorités à répondre. Ces conditions ne sont pas décoratives. Elles séparent le mini-public sérieux de la consultation alibi.

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L’ombre portée de la Convention climat

Tout exercice de ce type vit sous le souvenir de la Convention citoyenne pour le climat. En 2019-2020, cent cinquante citoyens tirés au sort avaient produit cent quarante-neuf propositions. Le chef de l’État s’était engagé à en reprendre l’essentiel, écartant trois mesures et promettant une transmission « sans filtre » du reste. La suite a nuancé la promesse : entre l’annonce, le filtre parlementaire et la dilution réglementaire, une part substantielle des propositions a été abandonnée ou édulcorée.

Le verdict des chercheurs est ambivalent. Sur la qualité délibérative et la montée en compétence des participants, l’expérience fut un succès reconnu. Sur l’impact, elle a nourri une frustration durable et illustré le risque central des mini-publics : la « perte de chance » démocratique survient quand l’institution recueille la parole citoyenne sans s’obliger à la traduire en décision. Une convention non suivie d’effets ne répare pas la défiance ; elle l’aggrave, en ajoutant la déception au soupçon.

Une force et une faiblesse : ni le climat, ni la fin de vie

La Convention citoyenne pour la démocratie échappe à ce piège par un côté, y retombe par un autre. Elle l’évite parce qu’elle n’émane pas du pouvoir exécutif et ne lui adresse pas une commande : portée par un collectif de la société civile, elle vise des candidats, pas un gouvernement en place. Personne ne peut donc l’accuser de servir d’alibi à une majorité. Mais cette indépendance est aussi son talon d’Achille : aucune autorité n’est juridiquement tenue de reprendre ses préconisations. Le destin de ses propositions dépendra entièrement de leur écho médiatique et de la volonté des candidats de s’en saisir pendant la campagne.

La présence des onze parlementaires change toutefois la donne. En faisant délibérer ensemble des citoyens et des élus de tous bords, l’assemblée crée un point de contact rare entre la société et sa représentation. Si des députés repartent convaincus, le canal vers la décision existe, indépendamment de tout engagement présidentiel. C’est peut-être le pari le plus fin du dispositif : moins compter sur une promesse d’en haut que sur une conversion par la délibération.

Réparer la confiance, vraiment ?

La recherche invite ici à la lucidité. Aucune étude sérieuse ne prétend qu’un mini-public, à lui seul, restaure la confiance d’un pays. Ce que les travaux établissent est plus modeste et plus solide : la délibération améliore la confiance de ceux qui y participent et de ceux qui en suivent attentivement les travaux, à condition que le processus soit perçu comme honnête et suivi d’effets. L’effet est local, fragile, conditionné. Il ne se diffuse au reste de la société que si l’institution démontre, par les actes, qu’elle prend la parole citoyenne au sérieux.

La Convention citoyenne pour la démocratie sera donc un test grandeur nature. Si ses propositions sur l’équilibre des pouvoirs et la représentation s’invitent réellement dans le débat de 2027, elle aura prouvé qu’un échantillon de citoyens peut peser sur les règles communes. Si elles se dissolvent dans l’indifférence d’une campagne dominée par d’autres urgences, elle confirmera, à rebours, ce que la science répète depuis vingt ans : le tirage au sort n’est pas une formule magique, mais un instrument exigeant, qui ne tient ses promesses qu’au prix d’un engagement à l’écouter. La défiance, elle, ne se répare pas par symbole. Elle se répare par preuves.

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