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Astrologie : pourquoi 6 jeunes sur 10 y croient

Six 18-24 ans sur dix adhèrent à l'astrologie, selon l'Ifop. Loin d'un simple effet de mode, ce retour de l'irrationnel en pleine ère numérique interroge notre rapport à la science et au doute.

Par Clement M ·Mis à jour le 24 juin 2026 à 11h01 ·7 min de lecture
Astrologie : pourquoi 6 jeunes sur 10 y croient

On imaginait l’astrologie reléguée aux pages oubliées des magazines, vestige d’un temps où le ciel servait à lire les destins. La réalité statistique dément cette intuition. Selon une enquête de l’Ifop, 60 % des 18-24 ans déclarent croire à l’astrologie, contre seulement 25 % des plus de 65 ans. Le rapport au surnaturel s’est inversé : ce sont les plus jeunes, nés avec internet et grandis dans un monde saturé de données, qui adhèrent le plus volontiers aux signes du zodiaque.

Le phénomène déborde le seul horoscope. Toujours selon l’Ifop, 58 % des Français adhèrent à au moins une parascience, qu’il s’agisse de voyance, de cartomancie ou de pratiques apparentées. Le constat dérange une idée reçue tenace : celle d’un progrès linéaire qui verrait la rationalité chasser mécaniquement les croyances. La technologie, manifestement, n’a pas tué le besoin de sens, elle l’a peut-être même ravivé.

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Un renversement générationnel inattendu

L’écart de 35 points entre les plus jeunes et les plus âgés relevé par l’Ifop constitue le fait le plus frappant de l’enquête. Il contredit le sens commun, qui associe spontanément les croyances irrationnelles au passé et aux générations anciennes. Or c’est l’inverse qui se vérifie : la croyance astrologique progresse à mesure que l’on descend dans la pyramide des âges, comme si la modernité technologique et l’attrait du surnaturel avançaient main dans la main.

Ce renversement invite à la prudence interprétative. Croire à l’astrologie ne signifie pas nécessairement y adhérer comme à une vérité scientifique. Pour une partie des jeunes interrogés, l’astrologie fonctionne comme un langage, un répertoire de symboles permettant de parler de soi et des autres, plus que comme une théorie du monde rigoureusement défendue. Mesurer une croyance, c’est aussi accepter qu’elle recouvre des intensités très variables, du jeu assumé à l’adhésion ferme.

Les réseaux sociaux, amplificateurs ambivalents

L’essor de ces croyances ne se comprend pas sans les plateformes numériques. Les réseaux sociaux sont devenus, pour les jeunes générations, une source d’information de premier plan, parfois la principale. Or ils jouent un double rôle, à la fois vecteur de diffusion et caisse de résonance de la mésinformation scientifique. Le même outil qui pourrait éclairer sert aussi à propager des contenus sans le moindre fondement.

Le contenu astrologique y prospère parce qu’il coche toutes les cases de la viralité : format court, ton personnel, promesse d’une grille de lecture immédiate. La Fondation Jean-Jaurès, qui a documenté ce phénomène de diffusion des croyances, souligne combien l’architecture des plateformes favorise les contenus qui flattent l’adhésion plutôt que ceux qui imposent l’effort du doute. L’algorithme récompense l’émotion, rarement la nuance, et l’astrologie excelle à produire de l’émotion personnalisée.

L’esprit critique n’est pas un instinct, c’est une discipline. Il ne s’oppose pas à la croyance par la moquerie, mais par la patience de la vérification.

Le besoin de sens en terrain incertain

Pourquoi tant de jeunes adultes se tournent-ils vers les astres ? Les chercheurs avancent plusieurs pistes convergentes. L’astrologie offre des repères dans un environnement perçu comme instable, où l’avenir professionnel, climatique et affectif paraît incertain. Elle propose une narration rassurante, une promesse d’ordre dans le chaos, là où les institutions traditionnelles semblent moins à même de répondre aux angoisses du présent.

À cela s’ajoute une dimension identitaire. Connaître son signe, partager celui de ses proches, c’est aussi participer à une culture commune, un code de reconnaissance entre pairs. La croyance ne relève pas seulement de la conviction intime, elle s’inscrit dans des pratiques sociales qui en renforcent l’attrait. On adhère parfois moins à une prédiction qu’à un sentiment d’appartenance, ce qui rend la croyance d’autant plus résistante aux arguments purement rationnels. Ce ressort communautaire explique pourquoi la simple démonstration de l’inanité scientifique de l’astrologie ne suffit jamais à en détourner les adeptes : on ne renonce pas facilement à un langage partagé.

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Pourquoi l’astrologie n’est pas une science

Il faut le rappeler sans détour : l’astrologie ne répond à aucun des critères de la démarche scientifique. Ses prédictions ne sont pas testables, ses énoncés sont assez vagues pour s’appliquer à presque tout le monde, et aucune étude contrôlée n’a jamais établi de corrélation entre position des astres et personnalité. Distinguer ce qui est établi de ce qui relève de la croyance reste une exigence fondamentale, et ce travail de clarification n’a rien d’arrogant : il protège chacun contre ses propres illusions.

Plusieurs mécanismes psychologiques expliquent la persistance de l’illusion. On peut en repérer les principaux ressorts :

  • Le biais de confirmation, qui pousse à retenir les prédictions qui se réalisent et à oublier les autres.
  • L’effet Barnum, par lequel des formules génériques donnent l’impression d’une justesse personnelle troublante.
  • La confusion entre coïncidence et causalité, qui transforme un simple hasard en signe interprété.

Comprendre ces biais ne ridiculise pas ceux qui y croient, cela arme contre la confusion entre coïncidence et causalité. C’est précisément le rôle de l’éducation aux médias et à l’information que de rendre ces mécanismes visibles, afin que chacun puisse repérer par lui-même les ressorts de la croyance.

Une responsabilité partagée face à la mésinformation

La défiance ne se combat pas par l’autorité seule. Si les chiffres de l’Ifop interpellent, ils désignent moins des coupables qu’un défi collectif. Les institutions scientifiques, les médias et l’école ont chacun un rôle à jouer pour rendre la pensée rationnelle aussi attrayante que la promesse réconfortante d’un horoscope. La science, trop souvent perçue comme austère, gagnerait à raconter ses méthodes autant que ses résultats.

Les plateformes portent elles aussi une part de responsabilité, par les contenus que leurs algorithmes mettent en avant. La Fondation Jean-Jaurès rappelle que la régulation des espaces numériques et la transparence des recommandations constituent un levier sous-exploité. Sans un effort partagé, la mésinformation scientifique continuera de prospérer sur le terrain fertile de l’incertitude contemporaine.

Ce que l’esprit critique peut, et ne peut pas

Face à ce retour de l’irrationnel, la tentation serait de répondre par le mépris ou par l’interdiction. Ce serait à la fois inefficace et contre-productif. L’esprit critique ne consiste pas à humilier les croyants, mais à donner à chacun les outils pour interroger ses propres certitudes. Il s’enseigne, se cultive et se pratique, comme toute compétence exigeante.

Les chiffres de l’Ifop et les analyses de la Fondation Jean-Jaurès doivent moins inquiéter qu’alerter. Ils signalent un besoin de sens que la science, dans sa rigueur, doit apprendre à entendre sans abdiquer ses exigences. La réponse n’est pas de moins de science, mais de plus de pédagogie. L’enjeu n’est pas de gagner une bataille contre l’astrologie, c’est de rendre le doute désirable et la vérification accessible à tous. Car une société qui apprend à distinguer l’établi du croyable se donne, au-delà de la question des astres, les moyens de résister à toutes les formes de désinformation qui prospèrent sur la même crédulité.

Clement M

Entrepreneur et rédacteur web

Clement M
Rédaction · Sciences & Démocratie

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