Et si 50 citoyens tirés au sort réparaient la défiance ? Le pari de la Convention 2026
Dès septembre 2026, une assemblée inédite réunira 50 citoyens tirés au sort, 11 élus et 15 membres de la société civile. Leurs propositions seront remises aux candidats de 2027, pour réparer une défiance que le vote seul ne suffit plus à porter.

Le constat est partout : fragmentation du paysage politique, compromis introuvables, institutions qui craquent et électeurs qui s’éloignent des urnes. Pour tenter d’y répondre autrement que par un n-ième discours, la Convention citoyenne pour la démocratie ouvrira ses travaux en septembre 2026. Son pari : faire délibérer ensemble, pour la première fois en France, des citoyens tirés au sort, des parlementaires et des représentants de la société civile, afin de remettre des propositions concrètes aux candidats de l’élection présidentielle de 2027.
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La composition tranche avec les conventions précédentes. L’assemblée réunira 50 citoyens tirés au sort, 11 parlementaires issus de plusieurs sensibilités et 15 membres de la société civile. Jusqu’ici, les exercices de ce type, comme la Convention citoyenne pour le climat, mettaient les citoyens à part : ils délibéraient seuls, puis transmettaient leurs voeux au pouvoir politique.
Ici, le pari est différent. Citoyens et élus siègent dans la même salle, autour de la même table, pour imaginer ensemble l’avenir des institutions. Ce mélange est le coeur de l’expérimentation : confronter la légitimité du sort à celle des urnes, plutôt que de les opposer. Les travaux se tiendront à Lille, à raison d’un week-end par mois à partir de la mi-septembre.
Le tirage au sort n’est pas neutre. Il vise à faire entrer dans la délibération des voix qui ne se portent jamais candidates, des profils que la compétition électorale tient souvent à distance. En les asseyant face à des parlementaires aguerris, le dispositif fait le pari que la rencontre produira mieux que la juxtaposition : une parole citoyenne éclairée par l’expérience institutionnelle, et des élus obligés d’expliciter, devant des néophytes attentifs, ce qui relève de la contrainte réelle ou de l’habitude.
Soigner une défiance devenue structurelle
Pourquoi maintenant ? Parce que la crise n’est plus conjoncturelle. La polarisation du débat public, l’abstention qui s’installe et la difficulté chronique à bâtir des majorités ont fragilisé le fonctionnement même du régime. Plusieurs personnalités avaient réclamé, dès les législatives, une telle convention citoyenne sur la démocratie pour sortir de l’impasse.
La défiance, elle, ne se résume pas à une humeur passagère. Elle traduit le sentiment que le vote, à lui seul, ne permet plus de peser sur les décisions entre deux élections. La Convention parie qu’en associant directement des citoyens à la réflexion institutionnelle, on peut recréer un lien de confiance que le seul bulletin de vote ne suffit plus à entretenir.
Le moment choisi n’a rien d’anodin. En s’achevant avant la présidentielle, l’exercice cherche à peser sur l’agenda d’une campagne plutôt qu’à commenter une réforme déjà ficelée. C’est un pari risqué : la période électorale est aussi celle où les propositions se heurtent le plus violemment aux logiques partisanes. Mais c’est précisément là que se joue la crédibilité du dispositif, dans sa capacité à imposer ses thèmes au coeur du débat.
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Les travaux s’organiseront autour de deux grands axes. Le premier porte sur l’équilibre des pouvoirs au sein des institutions, en particulier les relations entre l’exécutif et le législatif, terrain où se sont cristallisés les blocages récents. Le second interroge la place du citoyen dans la vie démocratique, au-delà du moment électoral.
- L’équilibre entre pouvoir exécutif et pouvoir législatif
- Les outils de participation citoyenne entre deux scrutins
- La façon de redonner du poids à la délibération collective
Sur ces sujets, l’enjeu n’est pas de produire un catalogue de bonnes intentions, mais des propositions assez précises pour être reprises, ou contestées, par les futurs candidats.
Une expérience adossée à la recherche
La singularité de l’exercice tient aussi à son ancrage scientifique. La Convention s’inscrit dans le projet de recherche DemoCIS, lauréat d’un programme France 2030, qui mobilise des centaines de chercheurs issus de plusieurs universités, instituts d’études politiques et organismes comme le CNRS. L’Université de Lille en est l’un des piliers.
Cet adossement change la nature de l’expérience. Le dispositif n’est pas seulement un outil de consultation : il devient un terrain d’observation documenté, dont les enseignements seront analysés puis diffusés par voie de presse, de publications scientifiques et de partenariats avec des fondations et think tanks. La Fondation Jean-Jaurès a d’ailleurs nourri une réflexion approfondie sur la manière d’améliorer ce format encore jeune.
La délibération peut-elle réparer ce que le vote ne porte plus ?
Reste la question de fond. Une assemblée de 76 personnes, même soigneusement composée, peut-elle réconcilier des millions de citoyens avec leurs institutions ? Les conventions précédentes ont montré les limites de l’exercice : des propositions ambitieuses, mais un sort politique souvent incertain une fois remises au pouvoir.
Le risque est connu : que ces travaux finissent dans un tiroir, alimentant alors la défiance qu’ils prétendaient soigner. Mais en plaçant citoyens et élus à égalité autour d’une même table, l’expérience de 2026 pose une question qui dépasse son calendrier : dans une démocratie fatiguée, la légitimité ne se gagne-t-elle plus seulement dans l’isoloir, mais aussi dans la qualité de ce que l’on construit ensemble ? La réponse appartiendra autant aux candidats de 2027 qu’aux citoyens eux-mêmes.


