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Vaccin HPV : zéro décès chez les jeunes Anglaises vaccinées, la preuve grandeur nature

En Angleterre, aucune femme de 20 à 24 ans n'est morte d'un cancer du col entre 2020 et 2024, et le programme a déjà évité quelque 200 décès. À côté, la France traîne sa défiance et son retard de couverture.

Par La rédaction ·Mis à jour le 19 juin 2026 ·6 min de lecture
Vaccin HPV : zéro décès chez les jeunes Anglaises vaccinées, la preuve grandeur nature

Il existe peu de démonstrations aussi nettes en santé publique. En Angleterre, le cancer du col de l’utérus, longtemps l’un des premiers cancers féminins, recule désormais à un rythme que les modélisations annonçaient sans oser le promettre. Une analyse publiée en 2026 dans The Lancet par les équipes de Queen Mary University of London livre le chiffre qui résume tout : entre 2020 et 2024, aucune femme âgée de 20 à 24 ans n’est morte d’un cancer du col en Angleterre. Pour la première fois depuis que ces statistiques existent, la case est vide.

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Une cohorte vaccinée, une génération sauvée

Le programme britannique a démarré en 2008. Il s’adresse aux filles de 12 et 13 ans, scolarisées, vaccinées en milieu scolaire contre les papillomavirus humains (HPV), avec une couverture qui a longtemps frôlé les 90 %. Quinze ans plus tard, les premières cohortes vaccinées atteignent l’âge où le cancer du col commence à se déclarer. C’est précisément là que se lit l’effet du vaccin : les femmes qui auraient dû tomber malades ne tombent pas malades.

L’analyse de mortalité 2026 estime qu’environ 200 décès par cancer du col ont déjà été évités en Angleterre grâce au programme. Ce nombre paraît modeste ; il ne l’est pas. Il correspond aux toutes premières classes d’âge concernées, les plus jeunes, chez qui le cancer reste rare. À mesure que les générations vaccinées vieilliront et entreront dans les tranches d’âge où l’incidence culmine, l’effet attendu se comptera en milliers de vies.

87 %, et la précision d’une horloge

Le résultat de 2026 ne sort pas de nulle part. Il prolonge une étude désormais célèbre, publiée dans The Lancet en 2021, qui avait fourni la première preuve directe au monde qu’un vaccin bivalent prévient le cancer du col. Les chiffres y dessinaient une courbe presque trop régulière pour être vraie :

  • 87 % de réduction de l’incidence du cancer du col chez les femmes vaccinées à 12-13 ans ;
  • 62 % chez celles vaccinées à 14-16 ans ;
  • 34 % chez celles vaccinées à 16-18 ans.

Plus on vaccine tôt, avant l’exposition au virus, plus la protection est forte. Pour les lésions précancéreuses de haut grade (CIN3), le même gradient apparaissait, encore plus marqué : 97 % de réduction pour une vaccination à 12-13 ans. Au total, à la mi-2019, l’Angleterre comptait déjà environ 450 cancers du col et 17 200 lésions précancéreuses en moins que ce qui était attendu chez les femmes vaccinées. La biologie, l’âge et la couverture racontent ici exactement la même histoire : c’est ce que les chercheurs appellent une relation dose-réponse, la signature d’un effet causal et non d’une coïncidence.

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La preuve est une affaire publique

Ce dossier illustre une conviction simple : une preuve scientifique n’appartient pas aux seuls laboratoires, elle engage la collectivité. Vacciner une fille de douze ans, ce n’est pas un acte privé sans conséquence ; c’est une décision dont le bénéfice se mesure, à l’échelle d’un pays, en décès évités vingt ans plus tard. L’Angleterre a fait le choix d’un dispositif lisible, l’école, un âge fixe, une couverture élevée, et elle en récolte aujourd’hui le fruit statistique le plus difficile à obtenir : une mortalité qui s’effondre dans une population entière, et non dans un essai clinique soigneusement sélectionné.

Le cancer du col de l’utérus est l’un des rares cancers que l’on sait, désormais, prévenir presque entièrement. Le savoir ne suffit pas : encore faut-il vacciner.

Car le HPV n’est pas qu’une affaire de col de l’utérus. Le virus est aussi en cause dans des cancers de l’anus, de la gorge, du pénis et de la vulve, qui touchent les deux sexes. C’est pourquoi le programme anglais a été étendu aux garçons en 2019, une logique de protection collective que la donnée anglaise rend désormais indiscutable.

La France, le savoir sans le geste

Face à cette démonstration, la situation française a quelque chose de douloureux. Le pays dispose du même vaccin, du même savoir, du même objectif affiché, 80 % de couverture d’ici 2030, inscrit dans la Stratégie décennale de lutte contre les cancers. Mais le geste ne suit pas. En 2024, seules 58,4 % des jeunes filles de quinze ans avaient reçu une première dose ; le chiffre est monté à 61,6 % en 2025. Chez les garçons, le retard est plus marqué encore : 36,9 % en 2024, 46,0 % en 2025. À comparer aux quelque 90 % atteints par l’Angleterre dès le lancement de son programme, l’écart ne tient pas à la science. Il tient à la confiance.

La France a pourtant tenté de copier la recette gagnante. Depuis 2023, une campagne de vaccination est proposée au collège, en classe de cinquième. La deuxième campagne, en 2024-2025, a permis plus de 116 500 vaccinations et fait progresser la couverture d’environ quinze points pendant sa durée. C’est réel, c’est encourageant, et c’est encore très loin du compte. La défiance vaccinale, nourrie en France par des controverses anciennes et une méfiance diffuse envers la parole institutionnelle, continue de peser sur chaque autorisation parentale signée ou refusée.

Ce que coûte l’attente

L’enjeu n’est pas théorique. Chaque année qui passe sous l’objectif de couverture, ce sont des cohortes de jeunes filles et de jeunes garçons qui franchissent l’âge de la protection optimale sans en bénéficier. La fenêtre est étroite : le vaccin protège d’autant mieux qu’il est administré avant l’exposition au virus, donc avant les premiers rapports. Un retard de couverture ne se rattrape pas ; il se paie, deux décennies plus tard, en diagnostics et en décès que l’Angleterre, elle, n’aura plus à compter.

La donnée anglaise n’est pas un argument d’autorité ; c’est une expérience grandeur nature, menée sur une population réelle, observée pendant quinze ans, et dont le résultat est sans ambiguïté. La case vide des décès chez les 20-24 ans en dit plus long que mille campagnes de communication. Elle pose une question qui, en démocratie, ne devrait pas rester sans réponse : que faisons-nous d’une preuve aussi claire ? La réponse anglaise tient en un programme scolaire tenu sur la durée. La réponse française reste, pour l’instant, suspendue à la confiance que nous saurons, ou non, reconstruire.

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