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Financement de la recherche

Doctorants : 2 300 euros et pourtant la précarité

Le contrat doctoral atteint 2 300 euros bruts en 2026 et 80 % des doctorants sont financés. Mais un quart d’entre eux démarrent sans aucun financement, et cette précarité pèse sur la recherche française.

Par Clement M ·Mis à jour le 23 juin 2026 à 6h36 ·5 min de lecture
Doctorants : 2 300 euros et pourtant la précarité

Ils signent les articles qui font la réputation des laboratoires français, encadrent les travaux pratiques et passent des nuits sur des manuscrits. Pourtant, les doctorants restent l’angle mort du financement de la recherche. En 2026, le contrat doctoral atteint 2 300 euros bruts mensuels et 80 % des doctorants sont désormais financés. Une progression réelle, mais qui masque une fracture : un quart d’entre eux entament leur première année sans la moindre ressource dédiée. Investir dans celles et ceux qui produisent la science de demain n’est pas un détail comptable, c’est un choix politique.

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Une rémunération enfin revalorisée

Le chiffre marque une rupture. Depuis la loi de programmation de la recherche, la rémunération minimale du contrat doctoral a progressé d’environ 30 % en six ans pour atteindre 2 300 euros bruts par mois au 1er janvier 2026, soit près de 27 600 euros bruts annuels. Ce contrat, d’une durée de trois ans, offre les garanties sociales d’un véritable emploi public : protection sociale, cotisations retraite, congés.

Cette trajectoire, portée par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, visait précisément à aligner tous les doctorants finançs sur ce socle d’ici 2026. L’objectif est en grande partie atteint. Mais une rémunération plus juste ne règle rien si elle ne concerne pas tout le monde.

Le mur de la première année

C’est là que le bât blesse. Si 80 % des doctorants disposent aujourd’hui d’un financement, contre 50 % il y a vingt ans, l’entrée dans la thèse reste un parcours d’obstacles. Selon les données du ministère, la part des doctorants de première année bénéficiant d’un financement dédié plafonne autour de 76 %. Autrement dit, près d’un nouveau doctorant sur quatre commence sa recherche sans ressource spécifique.

  • Pour ceux qui décrochent un contrat doctoral du ministère : environ 40 % des financés, avec le socle de 2 300 euros.
  • Pour les bénéficiaires d’une convention CIFRE, en lien avec une entreprise.
  • Pour la minorité qui prépare sa thèse en exerçant une activité salariée principale, soit environ 15 %.
  • Et pour les autres : petits boulots, bourses incertaines, soutien familial ou pur autofinancement.
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La précarité abime la recherche

On aurait tort de réduire ce sujet à une question de confort individuel. Un doctorant qui multiplie les heures de surveillance d’examen ou les missions alimentaires consacre moins de temps à sa thèse. Le risque est double : des travaux qui s’étirent au-delà des trois ans prévus, et des abandons en cours de route. La commission des finances du Sénat souligne régulièrement que la précarité figure parmi les causes de la baisse des premières inscriptions en doctorat.

Or, chaque thèse interrompue, c’est un investissement public perdu et un savoir qui ne se construira pas. La qualité scientifique d’un pays se mesure aussi à la sérénité matérielle qu’il offre à ses jeunes chercheurs.

Après la thèse, l’autre incertitude

La précarité ne s’arrête pas à la soutenance. L’insertion professionnelle des docteurs demeure un point sensible : postes académiques rares, contrats post-doctoraux à répétition, reconnaissance encore inégale du diplôme dans le secteur privé. Le budget 2026 prévoit la création de 200 nouveaux contrats doctoraux, un geste utile mais modeste au regard des besoins.

Les ressources détaillées par Étudiant.gouv rappellent la diversité des dispositifs existants. Encore faut-il que ces financements couvrent l’ensemble des trois années et l’ensemble des disciplines, car les sciences humaines et sociales restent nettement moins dotées que les sciences expérimentales.

Un choix de société, pas une ligne comptable

Financer correctement un doctorant relève d’une décision collective sur la place que la France accorde à la connaissance. Les 2 300 euros de 2026 prouvent qu’une volonté politique peut faire bouger les lignes en quelques années. Reste à combler le dernier quart, celui des doctorants qui démarrent sans filet.

Dans une démocratie, la fabrique du savoir n’est pas neutre : elle détermine notre capacité collective à comprendre le climat, la santé, les technologies, et à décider en connaissance de cause. Laisser une partie de nos futurs chercheurs dans la précarité, c’est accepter d’appauvrir le débat public de demain. L’indépendance de la recherche commence par la dignité matérielle de celles et ceux qui la portent.

Clement M

Entrepreneur et rédacteur web

Clement M
Rédaction · Sciences & Démocratie

Entrepreneur et rédacteur web

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